Publié le : mercredi 13 octobre 2021

Affaire Pegasus : l’Allemagne dans le collimateur, le Maroc contre-attaque

Le scandale Pegasus n’en finit plus de défrayer la chronique. Énième rebondissement, le 8 octobre dernier, on apprenait que l’Allemagne, de son propre aveu, aurait également utilisé le logiciel espion israélien par le biais de ses services de renseignement extérieur. Tandis que bon nombre de pays de l’Union européenne pourraient être impliqués, le consortium de journalistes Forbidden Stories demeure étonnamment silencieux sur leurs cas, préférant concentrer ses attaques sur des pays du Sud, dont le Maroc, qui dément pourtant les accusations portées contre lui

Digne d’une série dystopique, l’affaire Pegasus n’en finit plus de mettre en scène des États oppressifs abolissant peu à peu les libertés des citoyens au nom de la sécurité et de la lutte contre le crime organisé ou le terrorisme. Fiction ou réalité ? Depuis les premières allégations du 18 juillet faites par Amnesty et le consortium de journalistes Forbidden Stories concernant la surveillance présumée de personnalités publiques (politiques, journalistes, militants etc.) par de nombreux États, de nouveaux rebondissements viennent semer le trouble en jetant une lumière crue sur les pays de l’Union européenne. De son côté, l’entreprise israélienne NSO Group qui a conçu le logiciel espion continue à réfuter toute responsabilité et préconise la mise en place d’un cadre légal sous l’égide des Nations unies pour éviter le détournement de Pegasus.

L’Allemagne accusée d’espionnage

Une affaire au retentissement mondial qui a fait réagir un nombre important de chefs d’État. Le président de la République français Emmanuel Macron, lui-même ciblé par le logiciel si l’on en croit Forbidden Stories, a explicitement demandé à Israël d’enquêter sur la nature de ces révélations. De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a demandé à durcir la loi sur la vente de ces logiciels, afin d’éviter qu’ils « n’arrivent entre de mauvaises mains ». Ironie du sort, c’est aujourd’hui l’Allemagne qui se retrouve dans le collimateur du consortium. Le journal allemand Die Zeit a révélé le 8 octobre dernier que le service de renseignement extérieur outre-Rhin (le Bundesnachrichtendienst, BND) aurait également utilisé le logiciel de NSO Group, sans connaître les circonstances précises de cette utilisation.

C’est même la police fédérale allemande, le Bundeskriminalamt (BKA), elle-même cliente du logiciel, qui s’est inquiétée d’une utilisation hors-la-loi du logiciel, craignant de sortir du cadre de la Constitution allemande et demandant spécifiquement à la société israélienne de limiter les capacités de surveillance sur sa zone de périmètre. De prochaines révélations pourraient lever le mystère sur d’autres accusations de surveillance : quel pays aurait par exemple intérêt à surveiller les indépendantistes catalans… ? D’après des sources internes à NSO Group, bien d’autres États de l’Union européenne auraient utilisé ses services.

Un scandale à géométrie variable : l’exemple marocain

Pourtant, les observateurs ont été prompts à s’insurger contre l’utilisation abusive du logiciel par des pays dits émergents – ceux-là même qui aujourd’hui sont pointés du doigt. Ainsi de l’Arabie saoudite, du Togo, des Émirats arabes unis, ou encore du Maroc. Le cas marocain lève le voile sur le flou qui pèse sur ces révélations en série, pourtant portées par de très sérieux organes de presse. Le royaume chérifien est en effet accusé d’avoir pratiqué un espionnage à grande échelle sur des responsables politiques de premier plan, notamment en France (dont Emmanuel Macron, Edouard Philippe, Jean-Yves Le Drian, Gérald Darmanin etc.), en Algérie (quelque 6 000 militaires), ou même au Maroc (le roi Mohammed VI tout comme certains membres de sa famille) etc.

Le Maroc dément et attaque en diffamation Amnesty et Forbidden Stories, réfutant en bloc ces accusations, qualifiées d’«ubuesques» par l’avocat français du royaume Olivier Baratelli. Ce dernier affirme que NSO Group « n’a jamais eu de liens contractuels ou commerciaux » avec le Maroc. L’ancien président de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) Bernard Squarcini estime également sur le plateau d’Europe 1 que le Maroc n’a pas pu être impliqué dans un tel scandale. De son côté, la société marocaine dans son ensemble s’étonne de ces révélations-choc et interroge notamment les preuves, jusqu’ici inexistantes, des journalistes. Selon une experte en communication protocolaire : « Les médias français sont-ils sérieux quand ils avancent certains détails ? (…) La sûreté nationale marocaine espionne son propre roi ? ». Alors que le Maroc a été la cible privilégiée du consortium depuis le début de cette affaire, et que celui-ci est resté longtemps silencieux sur l’Allemagne, la crédibilité de l’enquête journalistique apparait remise en cause. On peut se demander dans cette perspective quel a été l’intérêt de cibler le Maroc particulièrement, alors que celui-ci a toujours démenti.

Le Maroc contre-attaque

Une audience de procédure devrait se tenir le 26 octobre prochain au tribunal correctionnel de Paris. « C’est la première audience des différentes procédures engagées par le Royaume du Maroc. Elles concernent ceux qui ont diffusés de fausses allégations envers le Royaume. Elle précède les prochaines audiences contre ceux qui s’en sont fait le recel. Le Royaume du Maroc est déterminé à aller au bout de l’ensemble de ses actions pour rétablir la vérité », assure Maître Baratelli.

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