Publié le : vendredi 14 mai 2021

Le Kazakhstan, artisan de la diplomatie entre l’Europe et l’Asie

De l’Inde à la Crimée en passant par la Syrie, l’Iran ou encore le Kirghizistan, le Kazakhstan met, depuis de nombreuses années, ses ressources au service de la paix sur les deux continents. Une influence qui en a fait un partenaire privilégié de l’Union européenne.

Plus de 400 000 nouvelles contaminations et de 4 000 décès par jour, des hôpitaux dépassés, des cimetières débordés… En Inde, le rebond de la pandémie de coronavirus fait actuellement l’effet d’une bombe à retardement dans ce pays d’1,3 milliard d’habitants, où les populations les plus vulnérables sont aussi les plus touchées. Face à cette situation chaotique, la solidarité internationale s’organise, à commencer par le Pakistan, qui a offert du matériel médical pour aider son voisin à traverser cette tempête. Parmi les autres soutiens régionaux, le Kazakhstan a acté l’envoi de 6 millions de masques chirurgicaux, de 400 000 masques respiratoires, 50 000 blouses de protection stériles et 105 respirateurs artificiels fabriqués dans le pays. Nous sommes « prêts à unir nos efforts avec nos amis indiens pour contenir la propagation de la pandémie et de fournir toute assistance possible dans l’esprit de l’amitié durable et du soutien mutuel entre nos États », a déclaré Kassym-Jomart Tokayev, le président kazakh.

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“le Kazakhstan a acté l’envoi à l’Inde de 6 millions de masques chirurgicaux, de 400 000 masques respiratoires, 50 000 blouses de protection stériles et 105 respirateurs artificiels fabriqués dans le pays”

Cette annonce fait suite à la main tendue de Nur-Sultan en direction d’un autre pays voisin, le Kirghizistan, après le déclenchement du récent conflit avec le Tadjikistan. Fin avril 2021, des combats entre les deux camps auraient causé plus de 30 morts et de 120 blessés. En cause, l’accès à un réservoir d’eau situé côté kirgize, mais revendiqué par les Tadjiks. Tout en rappelant les valeurs qui lient leurs deux pays, Kassym-Jomard Tokayev a apporté au Kirghizistan le soutien humanitaire du Kazakhstan par l’envoi de 10 000 tonnes de farine. « Nous ne devons pas rester complaisants », a-t-il déclaré, soulignant par la même occasion la capacité de l’armée kazakhe à intervenir en cas de nécessité. Très réactif sur les dossiers internationaux, le chef de l’État kazakh joue régulièrement la carte de l’apaisement et de l’entraide, qu’il n’hésite pas à sortir régulièrement. Un profil qui s’explique par son parcours politique et professionnel. Ancien ministre des affaires étrangères entre 1994 et 2011, il a ensuite occupé les responsabilités de secrétaire générale adjoint puis de directeur général à l’ONU, avant son élection en juin 2019 à la tête de l’ancienne république soviétique.

Nur-Sultan, capitale diplomatique partenaire de l’Union européenne

La propension du Kazakhstan à jouer un rôle de médiateur régional s’est exprimée dès son indépendance acquise en 1991, avec une tentative de conciliation menée dans le Haut-Karabakh qui avait été saluée par la visite de François Mitterrand en 1993. Le pays de 19 millions d’habitants, plateforme stratégique entre la Chine, la Russie et l’Union européenne, s’est également illustré lors de sa nomination à la tête de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en 2010, qui a abouti à la signature d’un accord commun à Astana (ancien nom de la capitale). Membre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le Kazakhstan a ensuite joué un rôle majeur lors de la crise de la Crimée en 2014, quand l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev a convaincu François Hollande de rendre visite à Vladimir Poutine pour rapprocher la Russie de l’UE. En 2017, le Processus d’Astana a aussi permis l’instauration de quatre zones de cessez-le-feu en Syrie, reconnues par la Russie, la Turquie, l’Iran. En 2018, la capitale kazakhe a de nouveau tenu une place importante dans l’actualité diplomatique avec la signature d’une déclaration sanitaire universelle et d’un traité interreligieux en faveur de la lutte anti-terroriste. L’année suivante, c’est encore le Kazakhstan qui a accueilli les pourparlers sur le conflit syrien, asseyant à la même table de négociation rebelles et portes-paroles du pouvoir.

De par sa position d’influence, le Kazakhstan est devenu, au fil des années, un partenaire privilégié de l’Union européenne, avec qui le pays a signé début 2018 un accord de partenariat et de coopération renforcée. Avec la France, les liens sont particulièrement forts autour de sujets majeurs comme la coopération, le développement durable, la sécurité et la lutte contre le terrorisme. L’Hexagone fait également partie des cinq principaux partenaires commerciaux et d’investissement du Kazakhstan, avec la présence dans le pays de grands groupes du CAC40 tels que Saint-Gobain, Alstom, Danone, Total, Orano, etc. La relation franco-kazakhe doit encore se renforcer avec la signature d’une feuille de route 2030 visant à développer de nouveau projets commerciaux et économiques. La visite d’Emmanuel Macron à Nur-Sultan, prévue de longue date mais retardée suite à la pandémie de coronavirus, devrait permettre de sceller la poursuite des objectifs communs entre les deux pays.

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