Publié le : mercredi 25 mars 2020

Au Moyen-Orient, l’influence américaine est en berne

Seulement quatre jours après « l’accord historique » signé entre les talibans et l’administration Trump, les États-Unis ont annoncé avoir mené une nouvelle frappe en Afghanistan. Un retour en arrière dénotant d’une perte d’influence endémique des États-Unis au Moyen-Orient.

 

Une trêve « historique » signée entre Mike Pompéo et Abdul Ghani Baradar

D'anciens soldats talibans rendent leurs armes

Le 29 février dernier, les États-Unis et les talibans afghans ont signé, à Doha, un accord de paix immédiatement qualifié d’historique par le monde occidental. Après 18 ans de guerre et suite à un processus de négociation inter ethnies encore inédit, un texte organisant le retrait progressif des troupes américaines a pu être signé. Si l’on ne peut pas encore parler de paix définitive, Mike Pompéo et le gouvernement américain se sont tout du moins engagés à ramener le nombre de soldats sur place de 13 000 à 8 600 en seulement 135 jours. Le reste des troupes étrangères encore présentes sur le territoire devra être rapatrié « au cours des 14 mois suivant la signature de l’accord ». Ce traité historique, censé ramener la paix dans la région, devait donc présager d’une fin des hostilités en Afghanistan, ce qui avait été confirmé par les autorités talibanes « puisque l’accord est signé aujourd’hui, et que notre peuple est heureux et le célèbre, nous avons arrêté toutes nos opérations militaires dans tout le pays ».

 

Argument de campagne du candidat Trump en 2016, le retrait des troupes américaines et la fin des violences étaient très attendus aux États-Unis et dans le monde, ce conflit ayant déjà causé la mort de 32 000 à 60 000 civils afghans et la perte de 1 900 soldats américains. Censé représenter l’efficacité de l’administration Trump et le triomphe de la diplomatie américaine, cet accord a en réalité montré la déliquescence de l’influence américaine au Moyen-Orient. En effet, seulement 3 jours après la signature de cet accord à Doha, les forces talibanes ont tué, dans la nuit du 3 au 4 mars, pas moins de 20 policiers et soldats afghans. Attentat suivi de représailles américaines ayant pris la forme d’un bombardement des forces talibanes présentes dans la province du Helmand.

 

Une perte de vitesse en Irak suite à l’assassinat du Général Soleimani  

Général Sardar Qasem Soleimani

Général Sardar Qasem Soleimani

Suite à la montée en puissance de l’organisation État islamique au Moyen-Orient, les États-Unis ont pu renforcer leur présence sur le territoire en proposant à l’armée irakienne une formation militaire et des conseils afin de lutter plus efficacement contre la présence du groupe terroriste dans la région.  « Nous apprécions notre engagement commun à apporter la stabilité en Irak par notre mission de formation, de conseil et d’assistance, ainsi que l’importance de travailler ensemble pour vaincre la menace commune du groupe EI » avait d’ailleurs déclaré Mark Esper, secrétaire à l’armée américaine, au lendemain de sa rencontre avec le premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi.

 

Cette coopération a cependant été ébranlée par l’assassinat, par les forces armées américaines, du général iranien Soleimani sur le territoire irakien. Cette opération, non approuvée par le gouvernement irakien, a eu pour conséquence de suspendre immédiatement l’accord de coopération entre les forces armées des deux pays, assortie de la réclamation du parlement irakien d’expulser les 5 200 soldats américains présents sur le territoire.

 

Pour rétablir cette coopération et empêcher l’expulsion de ses soldats, les États-Unis ont été contraints de faire passer leur mission de formation des troupes irakiennes sous mandat de l’OTAN, transformant ainsi un partenariat bilatéral en coopération multilatérale entre l’Irak et les forces transatlantiques. Cette perte d’influence ne se limite pourtant pas qu’au plan militaire et s’est aussi déclinée sur le plan diplomatique.

 

La condamnation de Marsha Lazareva : un coup porté à la diplomatie américaine dans le Golfe

Marsha Lazareva

Marsha Lazareva

L’affaire Lazareva est un autre exemple de perte de puissance de l’influence américaine au Moyen-Orient. Après avoir réalisé son début de carrière chez KGL (Kuwait & Gulf Link Transport), Marsha Lazareva fonde en 2006 une entreprise nommée KGL Investment, spécialisée dans le capital-investissement et le capital-risque. Ayant pour client principal le « Port fund », fonds publics d’investissement, régulant entre autres les activités portuaires du Koweït, la société KGLI a été reconnue coupable d’avoir détourné plus de 496 millions de dollars avec la complicité de l’ancienne entreprise de Marsha Lazareva : KGL. Initialement arrêtée en novembre 2017 et condamnée à dix ans de prison en mai 2018. Elle a ensuite été emprisonnée pendant 470 jours avant d’être libérée sous caution.

 

Avant d’être réincarcérée 4 mois plus tard, Marsha Lazareva a pu bénéficier d’une large campagne d’influence de la part de nombreuses personnalités américaines, ayant abouti à sa libération sous caution en juillet 2019. Ce sont ainsi des personnalités comme Louis Freeh (ancien directeur du FBI), Neil Bush (fils du président Georges Bush), Pam Bondi (ancienne secrétaire américaine aux Anciens combattants) ou encore Ed Royce (ancien membre de la commission des affaires étrangères de la chambre des représentants), qui se sont mobilisés pour ordonner la libération de Marsah Lazareva. Cette manœuvre qui peut paraître incompréhensible, car déployée pour une ressortissante russe, peut s’expliquer par les liens étroits qu’elle, et son coaccusé Saeed Dashti, entretiennent avec la société KGL. Cette dernière est spécialisée dans le transport maritime et a répondu à un appel d’offres d’une valeur de 700 millions de dollars avec l’US Army, contrat qui devait atteindre les 1,4 milliard de dollars en 2022.

 

Ces efforts diplomatiques ont pourtant connu un revers fatidique avec la nouvelle condamnation de la femme d’affaires russe en janvier dernier lorsque cette dernière fut condamnée de nouveau à 7 ans d’emprisonnement. Cette décision, en plus de discréditer les efforts déployés par la diplomatie américaine, porte un coup à la ligne d’approvisionnement maritime de l’US Army, qui passait par KGL, KGLI et Marsha Lazareva pour approvisionner ses troupes stationnées en Irak, rendant ainsi les positions américaines encore plus précaires dans la région.

 

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