Publié le : samedi 7 mars 2020

Report du référendum en Guinée Conakry : le FNDC et Cellou Dalein Diallo restent fermes sur leurs positions

 

 

 

Alors que le référendum constitutionnel est finalement repoussé de deux semaines, l’opposition rassemblée au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC)et Cellou Dalein Diallo continuent de dénoncer la dérive autocratique du régime d’Alpha Condé.

 

Un scrutin dénoncé par la communauté internationale

 

Le 28 février dernier, à deux jours d’un double scrutin dont l’organisation fait polémique depuis plusieurs mois, le président guinéen Alpha Condé annonçait le report du référendum constitutionnel et des élections législatives. La décision fait notamment suite aux manifestations massives de la population ainsi qu’aux pressions diplomatiques exercées ces derniers mois.

A deux semaines du scrutin, l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) avait en effet choisi de renoncer à son rôle d’observateur, estimant que les conditions pour une élection transparente et démocratique n’étaient pas réunies. Lors d’un audit réalisé il y a deux ans, l’OIF avait d’ailleurs identifié dans le fichier électoral national 2,5 millions de noms de votants potentiels correspondant à des doublons ou à des personnes décédées. Ceux-ci n’auraient pas été retirés depuis, entraînant le risque de ce que l’opposant politique Cellou Dalein Diallo appelle aujourd’hui une « mascarade électorale ».

De son côté, la CEDEAO (Communauté des États d’Afrique de l’Ouest) avait renoncé à déployer sa mission d’observation en raison du risque de violences, tandis que l’Union Africaine avait officiellement rappelé ses observateurs le 28 février. Au même moment, l’Union Européenne publiait un communiqué affirmant que « l’absence d’inclusivité et de transparence [jettait] le doute sur la crédibilité des échéances électorales à venir ».

Face à ces pressions internationales, le régime a donc dû céder et accepter un décalage de deux semaines du scrutin. Des missions de la CEDEAO et de l’OIF seront finalement déployées dans l’intervalle, afin d’examiner en détail les conditions d’organisation et le fichier électoral.

 

Face à la dérive autoritaire du régime, l’opposition s’organise

 

Soutenue par le gouvernement et les partis au pouvoir, la réforme constitutionnelle doit notamment permettre au chef d’État de 82 ans de briguer un 3ème mandat consécutif.  Une perspective qui cristallise les tensions depuis plusieurs mois, dans un pays où l’instabilité politique et sécuritaire vient désormais s’ajouter à l’extrême pauvreté.

Depuis octobre dernier, l’opposition s’est rassemblée sous la bannière du FNDC, un collectif composé de partis politiques et de membres de la société civile. De vastes manifestations ont été organisées à travers le pays pour protester contre la réforme constitutionnelle et contre la dérive autoritaire du régime, qui a notamment interdit à certains partis d’opposition de présenter des candidats aux élections législatives. Depuis le début du mouvement, la répression policière s’est accentuée et près de 35 morts ainsi que plusieurs centaines de blessés sont à déplorer. Des centaines d’opposants ont également été arrêtés au cours des différents rassemblements organisés par le FNDC.

Le soir même de l’annonce du report du scrutin, l’organisation appelait dans un communiqué à poursuivre la mobilisation “jusqu’à ce que Alpha Condé quitte le pouvoir en vertu de l’actuelle Constitution”. Accusant le régime de tenter un “coup d’État constitutionnel”, le chef de file historique de l’opposition et leader du FNDC, Cellou Dalein Diallo, a même réclamé une annulation définitive du référendum.

Ancien Premier ministre, désormais à la tête du parti UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée), l’opposant de 68 ans dénonce depuis plusieurs années la dérive autocratique du pouvoir d’Alpha Condé. Interdit de se présenter aux élections législatives, il appelle les soutiens de l’UFDG et du FNDC à manifester pacifiquement pour lutter contre un projet de réforme qu’il décrit comme “conflictogène”. Reconnu pour sa rigueur dans la gestion des affaires du pays lorsqu’il occupait le poste de Premier ministre et respecté au niveau international, Cellou Dalein Diallo est considéré comme une alternative crédible au régime d’Alpha Condé. Son rôle prépondérant dans la formation du mouvement FNDC en fait aujourd’hui, pour une partie de la population, un candidat idéal pour affronter un chef de l’État vieillissant et de plus en plus décrié.

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