Publié le : mardi 3 mars 2020

En Côte d’Ivoire, l’élection présidentielle inquiète

 

 

En Côte d’Ivoire, l’élection présidentielle inquiète

 

 

L’Église catholique de Côte d’Ivoire appelle à la paix et la réconciliation en vue de l’élection présidentielle d’octobre. Malgré une volonté d’apaisement du gouvernement incarnée dans de nombreuses initiatives, ce scrutin est source d’inquiétudes alors que le souvenir de la crise de 2010-2011 est toujours vivace. En cause : les pratiques de certaines personnalités politiques, telles que Guillaume Soro, poursuivi pour tentative de déstabilisation du régime.

 

Un appel à l’apaisement 

 

Samedi 15 février, plus de 10.000 personnes étaient rassemblées sur le parvis de la cathédrale Saint-Paul du Plateau d’Abidjan. Accueillie par le cardinal archevêque d’Abidjan Monseigneur Jean-Pierre Kutwa, la foule, où les femmes et les jeunes étaient très nombreux, a également compté en son sein quelques hommes politiques. Les fidèles étaient invités à prier pour la paix, à huit mois d’une élection présidentielle qui s’annonce tendue. Afin de prévenir autant que faire se peut le retour à la situation dramatique que la Côte d’Ivoire a connue il y a 10 ans, l’Église catholique de Côte d’Ivoire se mobilise plus que jamais. Le 20 janvier dernier déjà, les évêques du pays se sont dits préoccupés, décrivant un « climat de peur ». Une situation qui a poussé le cardinal Kutwa à en appeler aux femmes ivoiriennes lors de son discours de clôture : « Ayez le courage prophétique de vous dresser dès aujourd’hui contre les germes de guerre en vous parlant, en parlant à vos époux, à vos enfants et vous serez comme les saintes femmes de l’évangile qui accompagnaient le Christ! »

 

Un appel à la paix dans la droite ligne de la rencontre entre le président ivoirien Alassane Ouattara et une délégation de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (Cecci) qui s’est tenue le 19 novembre dernier. La délégation, qui avait accueilli l’invitation du chef de l’État avec enthousiasme, comptait en son sein Monseigneur Ignace Bessi, évêque de Katiola et président de la Cecci. Il n’avait alors pas manqué de rappeler les efforts réalisés par Alassane Ouattara pour arriver à une réconciliation nationale suite à la crise post-électorale de 2010-2011. Rappelant que la mission de la Cecci est « d’aider tous les protagonistes de la réconciliation à cultiver l’ouverture à toutes les composantes du pays, dans leur diversité», Monseigneur Bessi avait félicité le président Ouattara pour l’amnistie accordée en août 2018 à 800 détenus incarcérés suite à la crise de 2011, dont l’ex-première dame Simone Gbagbo. À propos de l’élection présidentielle qui se tiendra en octobre prochain, le président de la Cecci avait plaidé pour la transparence, qui donnerait au processus de réconciliation un « bon coup d’accélérateur ».

 

Une élection qui cristallise les peurs

 

Si l’élection présidentielle d’octobre est dans tous les esprits, c’est que le souvenir de la crise post-électorale de 2010-2011 qui fit 3000 morts est encore vif, et que certains éléments peuvent amener à craindre le pire.

Le samedi 15 février, un sit-in à Paris, sur le Parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro, a été organisé par l’opposition à Alassane Ouattara pour exiger une fois de plus la libération sans conditions de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé de la CPI, où l’ancien président ivoirien a été inculpé pour quatre chefs d’accusation de crimes contre l’humanité. Lors de ce sit-in, un intervenant se présentant comme un ancien gendarme a pris la parole pour tenir des propos violents et sans équivoque, sous les acclamations du public : « Ouattara n’ira pas par les élections car il va tricher. Mais il partira par la force des armes. Je vous en fais la promesse. Nous avons l’expertise de la guerre». La vidéo de cet intervenant a été largement partagée sur les réseaux sociaux, entraînant une suspicion de coup d’État contre le président Ouattara et son gouvernement, en préparation depuis Paris par l’opposition. Un appel à la violence inquiétant alors que l’ancien premier ministre Guillaume Soro est actuellement poursuivi pour tentative de déstabilisation de la Côte d’Ivoire, après la découverte d’une bande sonore dans laquelle il évoque lui aussi un projet de coup d’État.

 

Sans aller jusqu’à l’hypothèse extrême d’une tentative de coup d’État, même un opposant ouvert au dialogue tel que l’ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo et Président du Front populaire ivoirien (FPI) Pascal Affi N’Guessan affirme que « sur le plan politique, des nuages s’amoncellent du fait, d’abord, que nous n’avons pas encore résorbé les séquelles de la crise de 2010-2011 », et ce malgré la grâce présidentielle et le fait que les autorités ne sont pas fermées à l’idée d’un retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Après avoir rencontré le vice-président Daniel Kablan Duncan, Pascal Affi N’Guessan souhaite désormais rendre visite au président Ouattara afin de discuter du problème de l’obtention d’un consensus sur la Commission électorale indépendante (CEI) et des questions liées à l’élaboration d’un code électoral (portant par exemple sur l’institution d’un appui financier aux candidats retenus pour l’élection présidentielle).

 

Conscient des préoccupations liées à la prochaine élection présidentielle, Alassane Ouattara a tenu, le 21 janvier dernier, une Conférence au Chatham House de Londres intitulée « Élections en Côte d’Ivoire en 2020 : assurer la stabilité et l’inclusion ». Le chef de l’État y a présenté le modèle ivoirien reposant sur la mise en œuvre de deux Plans Nationaux de Développement économique et sur des institutions fortes. Ces institutions ont en effet été renforcées par l’adoption d’une nouvelle constitution par les Ivoiriens – avec près de 94% des voix – en 2016. Voulue par Alassane Ouattara, cette constitution « moderne, impersonnelle, démocratique, consensuelle et fédératrice » garantit notamment le droit d’opposition démocratique, la promotion des droits politiques de la femme ou encore la parité entre les hommes et les femmes.

Avant de présenter la nouvelle nomenclature de la CEI qui est en phase avec les recommandations de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples – la société civile y est désormais largement représentée – le président Ouattara a rassuré son auditoire sur la stabilité politique et la maîtrise de la situation sécuritaire du pays tout en réitérant son engagement d’œuvrer à l’organisation d’élections apaisées, libres, transparentes et démocratiques.

Une déclaration qui est donc en accord avec les politiques de réformes et de dialogue menées depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, et qu’il serait dommageable d’interrompre par une volonté délibérée de certains opposants de jeter de l’huile sur un feu de la guerre civile qui est en train de s’éteindre.

Réagir à cet article

XHTML: Vous pouvez utiliser les html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Les actus en vidéo