Publié le : jeudi 4 juillet 2019

Corée du Sud : les plaies non refermées de la guerre du Vietnam

Largement méconnu des Occidentaux, l’engagement des forces sud-coréennes lors de la guerre du Vietnam charrie toujours, aujourd’hui, son lot de tabous et de victimes réduites au silence. Les soldats de Séoul demandent que leur soit payée la solde promise — et versée — par les États-Unis pour leur participation au conflit, alors qu’au Vietnam les enfants nés des viols commis par ces mêmes militaires ne sont toujours pas reconnus par les autorités sud-coréennes.

Les plaies d’une guerre aussi longue et totale que celle du Vietnam (1955-1975) se referment-elles un jour ? Si en Europe, le conflit n’évoque sans doute plus aux yeux de nos contemporains que de vagues images en noir et blanc de rizières en feu, de manifestations pacifistes emplissant les rues des États-Unis ou de films devenus « cultes », comme Apocalypse Now, il n’en est pas de même en Asie du Sud-Est, région où certaines blessures restent, plusieurs décennies après la fin des affrontements, béantes.

Si le Vietnam fut le théâtre des pires atrocités, c’est bien toute la région qui fut bouleversée par la guerre. À commencer par la Corée du Sud, pays qui participa activement au conflit aux côtés des États-Unis. Séoul envoya ainsi, de 1964 à 1973, plus de 300 000 soldats sud-coréens épauler les GI’s dans leurs efforts contre les forces communistes du Viet Cong – un épisode très largement méconnu en Occident.

 

Une indemnité de combat jamais versée

Plusieurs centaines de ces soldats, pour la plupart âgés aujourd’hui de 70 ans et plus, se sont réunis à Séoul à la fin du mois de mai dernier, à l’appel de l’Association coréenne des mesures de sécurité pour la santé (Korea’s Healthy Security Measures Association (KHSMA)), un groupe de défense des droits des anciens combattants. Leur objectif : réclamer une indemnité de combat impayée depuis au moins 50 ans, estimée selon eux à plus de 9 millions de dollars en valeur monétaire des années 1960. Une demande fondée sur un document rédigé en 1978 par le Congrès américain, dit « rapport Fraser », dont ces anciens soldats sud-coréens n’ont appris l’existence qu’en 2015.

Selon ce rapport, « le montant total dépensé par les États-Unis pour la participation coréenne à la guerre du Vietnam s’élevait à environ un milliard de dollars », montant dont la quasi-totalité — 925 millions de dollars — a été versée à la Corée du Sud par l’administration américaine. Le rapport indique également que les soldats sud-coréens devaient être « payés à un niveau proche (de ceux) des États-Unis », mais qu’en réalité le gouvernement sud-coréen de l’époque rémunérait « ses troupes à des niveaux nettement inférieurs ».

C’est cette somme, convertie en dollars d’aujourd’hui, que la KHSMA réclame désormais au gouvernement sud-coréen. Les anciens combattants de Séoul demandent également à être indemnisés pour avoir été, pour une large majorité d’entre eux (65 %, soit près de 225 000 soldats), exposés au fameux « agent orange », cette substance chimique, extrêmement toxique, déversée par les forces américaines au Vietnam, qui a tué des dizaines de milliers de personnes et handicapé à vie des millions d’autres victimes, principalement civiles.

 

Les Lai Dai Han

L’agent orange n’est, hélas, pas la seule plaie subsistant au Vietnam longtemps après la fin de la guerre. Lors de leur déploiement sur zone, de nombreux soldats sud-coréens se sont en effet livrés à des violences inouïes sur la population vietnamienne, massacrant et violant d’innombrables victimes. Les enfants nés de ces viols sont, aujourd’hui, appelés « Lai Dai Han » — les enfants « de sang-mêlé » —, un qualificatif qui conserve, de nos jours, une connotation très infamante. Eux et leurs mères, quand elles sont encore en vie, sont marginalisés, exclus de fait de la société vietnamienne qui, très conservatrice, continue de voir d’un mauvais œil ces enfants nés de pères étrangers.

En quelque sorte, les Lai Dai Han sont ignorés, pour ne pas dire méprisés, tant par les vainqueurs que par les vaincus de la guerre ; en témoigne le simple fait que l’on ignore leur nombre, qui pourrait aller de 5 000 à 30 000 individus, errant aux marges de la société. Séoul refuse toujours, à ce titre, de reconnaître la responsabilité de son armée dans ces viols de masse, son gouvernement allant jusqu’à nier l’existence même de tels actes. Plusieurs décennies après la fin des hostilités, une nouvelle victime de la guerre attend donc, toujours, réparation : le devoir de mémoire, sans lequel aucune paix durable n’est possible.

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