Publié le : jeudi 16 mai 2019

L’armée ivoirienne monte en puissance

Côte d'Ivoire arméeEn décidant d’augmenter considérablement sa présence militaire antiterroriste au Mali, la Côte d’Ivoire confirme le rôle sécuritaire décisif qu’elle entend jouer dans la région. Une politique volontariste qui s’appuie sur des investissements importants et une réforme de son armée.

La Côte d’Ivoire s’implique davantage au Mali

L’insécurité dans la zone sahélienne fait régulièrement le cœur de l’actualité, comme la semaine dernière avec la mort de deux membres des forces spéciales françaises dans le nord du Burkina Faso lors d’une opération qui a permis la libération de quatre otages, dont deux Français. Une situation qui conduit depuis plusieurs mois les pays de la région à augmenter leur engagement militaire.

Le 26 avril dernier, le président ivoirien Alassane Ouattara annonçait que les forces armées de son pays — présentes au Mali dans le cadre de leur mission de maintien de la paix — allaient « très bientôt » quintupler. Un bataillon de 650 soldats rejoindra les 150 déjà présents dans ce pays frontalier de la Côte d’Ivoire où la sécurité s’est fortement détériorée ces dernières années en raison des attaques de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, auxquelles s’ajoutent des affrontements ethniques.

Une situation que les armées nationales, les commandos occidentaux et la mission de l’ONU au Mali — la MINUSMA, forte de 15 000 hommes — peinent à maîtriser et qui déstabilise l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Créée en 2013 à la suite d’un soulèvement islamiste ayant eu lieu dans le nord du Mali l’année précédente, la MINUSMA est depuis lors devenue la mission la plus meurtrière de l’ONU, avec près de 200 hommes tués.

Par ailleurs, les puissances occidentales financent depuis 2014 et sous la conduite de la France une force régionale appelée G5 Sahel, composée de soldats du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de Mauritanie. Un cadre de coopération qui s’inscrit dans la démarche du président ivoirien, qui a déclaré à la presse : « Nous devons renforcer notre coopération en matière de sécurité et poursuivre notre plaidoyer en faveur du G5 Sahel et de la résolution de la crise en Libye qui contribue grandement à l’instabilité dans nos pays frères du Niger, du Mali, du Burkina Faso et au-delà »

Une lutte contre le terrorisme qui s’en donne les moyens

La veille de cette déclaration, le 25 avril, un avion-cargo tactique militaire Airbus CASA C295W neuf a été livré a l’armée de l’air ivoirienne. Pour le ministre de la Défense, Hamed Bakayoko « L’armée ivoirienne est en train d’amorcer sa montée en puissance », car en « 2011 l’armée de l’air (…) n’avait quasiment aucun aéronef ». Cet achat d’un matériel neuf de haut niveau est une première et s’inscrit dans une politique sécuritaire de long terme (un tel aéronef a une durée de vie de 30 ans) à laquelle appartient également l’édification de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) de Jacqueville, à l’ouest d’Abidjan.

Les travaux de l’AILCT ont été lancés le 18 octobre dernier par Hamed Bakayoko et le ministre français des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian. Celle-ci répond à une demande manifestée par Alassane Ouattara et Emmanuel Macron en marge du sommet Union africaine-Union européenne de novembre 2017 de voir émerger un centre régional répondant aux besoins de nombreux pays africains de développer et de partager leurs capacités de lutte antiterroriste.

L’AILCT sera donc une école internationale de haut niveau portant une approche totalement intégrée et dédiée aux acteurs de la lutte antiterroriste en situation de responsabilité issue des ministères de la Justice, de l’Intérieur et des forces armées. Il s’agira de développer une approche globale du terrorisme — du renseignement au traitement judiciaire — et son camp d’entraînement au combat sera certifié par les unités d’élite françaises (Commandement des opérations spéciales, GIGN et RAID). D’un coût estimé à 20 millions d’euros, les travaux de cette académie devraient durer 10 mois.

Une armée qui se réforme en profondeur

Outre ces investissements, les Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) font l’objet depuis 2016 d’un vaste programme de restructuration. C’est dans ce cadre que 600 hommes quitteront ses rangs dans les prochains jours. Une mesure visant, selon les mots d’Hamed Bakayoko, à assurer la conformité de la pyramide des âges et la chaîne de commandement avec les exigences d’une armée moderne.

Il s’agit de la troisième phase d’un programme ayant pour objectif de réduire de 4000 hommes les effectifs des FACI d’ici 2030. Lors des deux premières phases, plus de 3000 militaires — majoritairement des soldats du rang — avaient décidé de leur propre gré de quitter l’armée, répondant ainsi à l’appel du gouvernement du président Alassane Ouattara. C’est dorénavant le Conseil national de Sécurité qui sélectionnera les militaires admis à faire valoir leurs droits à la retraite. Ce départ à la retraite anticipé devrait cette fois concerner majoritairement les sous-officiers, qui représentent selon certaines estimations environ 50 % de l’effectif total de l’armée ivoirienne.

C’est donc une armée rajeunie, restructurée et modernisée qui est en train de prendre naissance en Côte d’Ivoire. Un atout sécuritaire pour toute l’Afrique de l’Ouest et la zone sahélienne.

 

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