Publié le : mardi 16 avril 2019

Bénin : l’avant-garde de la démocratie africaine fait marche arrière avec Patrice Talon

Ancien « laboratoire de la démocratie » en Afrique, le Bénin est aujourd’hui confronté à un tour de vis autocratique de la part de son président. En écartant l’opposition avant les élections législatives du mois d’avril, Patrice Talon chercherait à faire approuver une réforme constitutionnelle rejetée par l’actuel Parlement.

Après sept coups d’État militaires entre 1963 et 1972, suivis d’un régime marxiste-léniniste qui devait mener le pays à une situation économique des plus critiques, le Bénin était devenu dans les années 1990 un véritable « laboratoire de la démocratie ».

L’élection de Nicéphore Soglo en 1990 avait ouvert l’ère du renouveau démocratique, qui devait à son tour contribuer à créer les conditions favorables à la croissance économique et à la réconciliation. Une décennie plus tard, le pays était devenu « un havre de paix et de stabilité » dans la région, comme le soulignait en 2011 le journaliste Serge Félix N’Piénikoua.

En 2015, c’était au tour de François Hollande de rendre hommage au Bénin, qui, selon le président français, restait « une référence sur le plan démocratique ». Enfin, en février 2018, Prudent Victor Topanou, professeur de sciences politiques à l’Université d’Abomey-Calavi et ancien ministre de la Justice du Bénin, louait l’exceptionnalité de l’Histoire béninoise. L’ancien membre de la commission chargée des réformes politiques et institutionnelles, mise en place par le président Patrice Talon en 2016, rappelait que dans son pays « la Constitution n’a jamais été révisée, offrant ainsi aux acteurs politiques, économiques, sociaux et culturels, nationaux comme étrangers, un cadre juridique stable et sécurisé ». Il mettait cependant en garde contre « la faiblesse du système partisan, qui constitue le principal point noir de la démocratie béninoise ». Une analyse quasi-prophétique, qui anticipait déjà les germes de la crise que connaît le pays aujourd’hui.

Refus d’un pluralisme politique

Car en moins d’un an, la situation s’est gravement détériorée. Le 11 mars dernier, quelque 200 000 personnes sont descendues dans les rues de Cotonou, la capitale économique du Bénin, pour exiger la participation de l’opposition aux élections législatives du 28 avril prochain. La Commission électorale nationale autonome (Cena) avait en effet invalidé, le 5 mars, les dossiers de candidature de plusieurs partis politiques, dont l’Union sociale libérale (USL) et les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), les deux plus grands partis de l’opposition. Sur les sept partis ayant déposé leur dossier, la Cena n’a retenu que deux formations proches du pouvoir, le Bloc républicain (BR) et l’Union progressiste (UP).

Pour justifier sa décision, la Cena a expliqué que les dossiers des opposants étaient « incomplets » au regard des règles établies par le nouveau code électoral. Adopté en octobre 2018, celui-ci avait rendu obligatoire l’obtention d’un quitus fiscal, un document administratif délivré par l’administration des impôts. La Cour constitutionnelle avait pour sa part annoncé, le 1er février dernier, l’exigence d’un « certificat de conformité avec la charte des partis à la date où ils vont déposer leur dossier de candidature à la Cena ». L’opposition, qui avait jugé le nouveau code électoral « discriminatoire et anti-démocratique », s’est insurgée contre ces « tracasseries administratives qui auraient avant tout une visée politique ».

Tentative de coup d’Etat

« Comment soudainement seuls les partis de la mouvance présidentielle ont-ils pu rassembler les meilleurs juristes pour monter un dossier et le faire valider ? », s’interroge en effet Steve Djidenou Kpoton, juriste et analyste politique.

La tension est d’autant plus forte dans le pays que le président Patrice Talon, accusé de « brider l’opposition en compliquant la préparation des dossiers », avait déjà tenté en juillet 2018 de réformer la Constitution. Il est vrai que le chef de l’Etat avait finalement dû renoncer à sa réforme constitutionnelle, le Parlement ayant refusé d’examiner le projet. Mais en mettant l’opposition à l’écart, le président « aurait une plus large marge de manœuvre et la réforme de la Constitution risquerait de passer sans encombre », s’inquiète Mathias Hounkpe, administrateur du programme de gouvernance politique à l’Open Society Initiative for West Africa (Osiwa).

L’enthousiasme suscité par le « modèle » politique béninois semble s’être cruellement essoufflé.

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