Publié le : mardi 2 octobre 2018

Aznavour, l’homme qui portait la voix de l’Arménie

Avec le décès, ce lundi 1er octobre, de Charles Aznavour, la France a perdu un de ses chanteurs les plus emblématiques, et l’Arménie son enfant le plus célèbre. L’homme, qui avait gommé au début de sa carrière ses origines, était progressivement devenu une figure de l’Arménie, notamment par sa lutte pour la reconnaissance du génocide arménien.

“C’est une perte énorme pour le peuple arménien, pour le peuple français. C’est une perte universelle” : la réaction de Nikol Pachinian, le Premier ministre arménien, est à la mesure de l’aura de Charles Aznavour dans son pays d’origine. En Arménie, le chanteur, décédé ce lundi 1er octobre à l’âge de 94 ans, a donné son nom à une place d’Erevan, la capitale ; une statue a été érigée en son honneur dans la seconde ville du pays, Gyumri.

Né Charles Varenagh Aznavourian, de parents émigrés suite au traité de Lausanne (qui faisait de l’Arménie une province turque), le chanteur, sans renier ses origines, ne les mettait pas particulièrement en avant à ses débuts – il s’est même fait refaire le nez, jugé “trop arménien” par sa marraine !

Il chante pour la première fois en Arménie en 1960 et attend 1975 pour évoquer directement ses origines, avec la chanson Ils sont tombés, qui évoque le génocide arménien : “Ils sont tombés / Sans trop savoir pourquoi / Hommes, femmes et enfants / Qui ne voulaient que vivre / Avec des gestes lourds comme des hommes ivres / Mutilés, massacrés, les yeux ouverts parfois”.

Mais c’est en 1989, suite au séisme qui plonge le pays dans le chaos, qu’il devient véritablement la voix de l’Arménie. Il lance un comité de collecte de fonds, Aznavour pour l’Arménie, et enregistre une chanson humanitaire, Pour toi Arménie, colossal succès public. Il s’engage ensuite durant les années 1990 pour la reconnaissance du génocide arménien.

“Le destin d’Aznavour est la réponse du peuple arménien à tous les génocides”

En 1995, il est nommé ambassadeur et délégué permanent de l’Arménie auprès de l’Unesco. En 2008, il obtient la nationalité arménienne, deux ans après un concert devant 100 000 personnes à Erevan : “Le destin d’Aznavour, le fils de gens qui ont survécu par miracle pendant le génocide, est la réponse du peuple arménien à tous les génocides” a alors déclaré le président arménien de l’époque, Robert Kotcharian.

Pourtant, malgré son acharnement, sa voix ne sera pas suffisante pour que la France reconnaisse officiellement le génocide arménien : “Ce qu’il se passera demain, nous n’aurons pas le droit de le dire non plus. C’est une erreur. C’est une erreur humaine” avait-il alors déclaré. Cela ne l’a pas empêché d’être de toutes les visites d’Etat et de toutes les commémorations depuis le début des années 2010.

“Je suis 100 % français, 100 % arménien. Les deux sont inséparables comme le lait et le café” déclarait-il. Derrière le chanteur, l’homme va manquer.

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