Publié le : lundi 13 août 2018

Pourquoi la presse s’acharne-t-elle contre la Coupe du Monde 2022 au Qatar ?

Qatar coupe du Monde 2022La deuxième étoile est à peine cousue sur le maillot des Bleus qu’enfle déjà une polémique concernant l’attribution de la prochaine Coupe du monde au Qatar. En cause : des soupçons de corruption et de sabotage des candidatures adverses. Mais la campagne médiatique orchestrée contre le petit émirat ces dernières semaines laisse un goût amer, un « deux poids, deux mesures » quelque peu hypocrite. La presse s’était montrée largement moins enthousiaste lorsqu’il s’agissait de dénoncer les malversations — prouvées, celles-ci — d’autres nations, pour d’autres événements sportifs. Taper sur le Qatar fait vendre du papier… quitte à avoir la mémoire courte.

Des accusations de magouilles et d’« opérations noires » dans l’attribution de la Coupe du monde 2022

La presse anglaise serait-elle mauvaise perdante ? Celle-ci se déchaîne contre l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar, alors que le royaume d’outre-Manche était en lice. En cause ? La prétendue corruption qui aurait permis à l’émirat de 2,5 millions d’habitants d’obtenir une majorité de voix. Le Qatar est accusé d’avoir acheté le soutien des présidents de fédérations, dont l’ex-patron de l’UEFA Michel Platini.
Sepp Blatter, à l’époque président de la Fédération internationale de football (FIFA), a quant a lui affirmé que « des chefs de gouvernements européens ont conseillé à leurs membres qui pouvaient se prononcer de voter pour le Qatar, parce qu’ils étaient liés à ce pays par des intérêts économiques importants » une prise de conscience tardive étonnante de la part d’un homme d’expérience qui a été balayé par plusieurs affaires de corruption…

Par ailleurs, l’hebdomadaire britannique Sunday Times affirme que le Qatar aurait mené une campagne secrète de propagande à base d’« opérations noires » visant à torpiller les candidatures des États-Unis, de l’Australie et de l’Angleterre. Le but de ces opérations était de donner l’impression que ces candidatures ne bénéficiaient d’aucun soutien populaire dans leur propre pays — alors qu’il s’agit d’un critère déterminant pour la FIFA —, et ce avec le concours d’espions ex-agents de la CIA, de journalistes, de blogueurs et d’autres personnalités influentes au sein de cesdits pays.

« Cachez ces méthodes que je ne saurais voir ! »

Si beaucoup jouent les vierges effarouchées face à ces rumeurs, c’est qu’ils ont la mémoire courte ou la tartufferie longue. En effet, quiconque suit régulièrement l’univers sportif ne peut que constater que les conditions d’attribution des grandes compétitions sportives sont malheureusement très souvent sujettes à polémiques.

Ainsi, plusieurs enquêtes sont aujourd’hui ouvertes en France par le Parquet national financier concernant des soupçons de corruption et de fraude concernant les conditions d’attribution des mondiaux d’athlétisme et des Jeux olympiques à Rio et à Tokyo. Sont visés les Mondiaux d’athlétisme à Eugene en 2021, à Londres en 2017, à Pékin en 2015, à Moscou en 2013 ainsi que les finales mondiales de l’athlétisme en 2006, 2007 et 2008 en Allemagne. Concernant les JO de Rio en 2016, la police brésilienne a également ouvert en septembre dernier une enquête pour corruption, avec de possibles achats de voix au sein du Comité international olympique (CIO).
En Corée du Sud également, une enquête a été ouverte en avril dernier au sujet des  à Pyeongchang : les voix des membres du CIO auraient été obtenues en échange d’argent et de contrats de parrainage avec Samsung.

Pour ce qui est du football, les justices américaine et suisse ont réalisé en 2015 des arrestations dans le cadre d’un vaste scandale de corruption autour de la FIFA concernant la Coupe du monde 2002 et ses matchs arrangés en faveur de la Corée du Sud — pays co-organisateur — contre l’Italie et l’Espagne.
Puis, en 2016, la FIFA a accusé l’Afrique du Sud d’avoir acheté l’organisation de la Coupe du monde 2010 avec 10 millions de dollars versés à Jack Warner, le président de la Confédération de football d’Amérique du Nord d’Amérique centrale et des Caraïbes.
La France n’est pas épargnée puisqu’en mai dernier Michel Platini, qui fut coprésident du Comité français d’organisation de la Coupe du monde 1998, a expliqué en ces termes le fait que la France n’ait pas pu rencontrer le Brésil avant la finale : « On ne va pas s’emmerder pendant six ans à organiser la Coupe du monde si on ne peut pas faire quelques petites magouilles. Vous pensez que les autres ne le faisaient pas dans les autres Coupes du monde ? Tu penses… »

Un bon résumé d’une déplorable liste qui ne doit pas faire passer ces méthodes pour acceptables, mais qui permet de prendre conscience que le fair-play n’a lieu que devant les caméras, lorsque les compétitions ont commencé.

En tout état de cause, même si les soupçons concernant le Mondial 2022 sont avérés, ce qui est loin d’être le cas, il n’y aurait pas plus de raisons de blâmer le Qatar que la plupart des autres pays organisateurs de compétition sportive de ces trente dernières années. La crise diplomatique et politique entre le Qatar et ses voisins émiratis et saoudiens n’est probablement pas étrangère à cet emballement médiatique. Depuis plusieurs mois, les deux pays, et leurs relais dans la presse tentent de faire capoter l’organisation de la prochaine coupe du Monde. Le conflit se joue aussi sur le terrain de l’information, et de la désinformation. Un terrain où tous les coups sont permis.

Réagir à cet article

XHTML: Vous pouvez utiliser les html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Les actus en vidéo