Publié le : mardi 26 juin 2018

Madagascar : Hery Rajaonarimampianina en route vers un second mandat

Volontariste, le président malgache a réussi à convaincre les institutions internationales d’aider à nouveau son pays. Mais la reconstruction de l’économie de l’île, après plusieurs années de crise politique, prendra du temps. 

Madagascar a un nouveau gouvernement. En poste depuis le début du mois, le premier ministre malgache, Christian Ntsay, a présenté son équipe le 11 juin. Un gouvernement d’union nationale, dans lequel siègent six ministres issus des rangs de l’opposition : « la formation de ce gouvernement est issue d’un dialogue entre différents acteurs politiques de la crise à laquelle nous mettons fin ce jour », s’est félicité le président de la République, Hery Rajaonarimampianina. A charge pour cette nouvelle équipe d’organiser la prochaine élection présidentielle, qui se tiendra d’ici la fin de l’année 2018.

Les bilans décevants de Marc Ravalomanana et Andry Raojelina 

Hery Rajaonarimampianina sera opposé à une dizaine de candidats, dont deux anciens présidents malgaches. Le premier, Marc Ravalomanana, a été réélu en 2006 en dépit d’un bilan pour le moins contestable. A la tête d’une des plus grandes fortunes de l’île, il est soupçonné d’avoir utilisé son influence et l’argent de l’Etat afin de faire fructifier ses propres sociétés. Au terme de son premier mandat, deux Malgaches sur trois vivaient dans la pauvreté, plus de la moitié de l’économie de l’île était encore informelle et la corruption restait endémique. Excédée par la spirale de la pauvreté et les scandales à répétition, la population renverse Marc Ravalomanana en 2009.

Celui-ci cède alors son fauteuil à Andry Raojelina. Un homme de paille, non élu, dont la nomination est considérée comme contraire à la constitution malgache par la communauté internationale, qui décide de réduire de 30% les aides dont bénéficie l’île. L’économie de Madagascar étant sous perfusion des fonds internationaux, la pauvreté explose, encore aggravée par des coupes sombres dans le budget de l’Etat. En 2013, quatre ans après le coup d’Etat, la Banque mondiale estime que le pays compte 4 millions de pauvres supplémentaires et que plus de neuf Malgaches sur dix vivent avec moins de 2 dollars par jour. 600 000 élèves sont déscolarisés, de nombreux enfants souffrent de malnutrition.

Le régime de Raojelina se révèle incapable d’entretenir les infrastructures publiques (routes, approvisionnement en eau et en électricité), de faire respecter l’ordre public et de garantir la sécurité. Mauvaise gouvernance dans l’exploitation des ressources naturelles, absence de transparence dans la gestion des ressources publiques, sous-investissement chronique, baisse des recettes fiscales, augmentation des fraudes… plombent les finances de l’Etat et font de Madagascar l’un des pays les moins performants au monde.

6,4 milliards de dollars pour « un nouveau Madagascar »

Elu en janvier 2014, Hery Rajaonarimampianina prend la tête d’un pays exsangue. Sa première priorité est de faire le tour des bailleurs de fonds étrangers pour convaincre les institutions internationales de réactiver les aides financières. Un défi remporté en décembre 2016, lorsqu’au cours d’une « conférence historique », le président malgache annonce que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne (UE), les agences des Nations Unies (ONU) et certains pays, comme la France, s’engagent à aider son pays à hauteur de 6,4 milliards de dollars.

De fait, l’aide extérieure, conditionnée à un certain nombre de critères drastiques (solidité des projets, transparence des procédures, etc.), devient le principal outil de financement des politiques publiques malgaches. Après l’ambitieux plan national de développement (PND) 2015-2019, Hery Rajaonarimampianina promettant de bâtir « un nouveau Madagascar », le président a annoncé en janvier dernier le lancement d’une nouvelle stratégie de croissance économique, baptisée « Fisandretana 2030 » (émergence et renaissance, en malgache). L’objectif : tripler, en douze ans, le PIB du pays, ramener le taux de pauvreté à moins d’un quart de la population, créer 5 millions d’emplois et atteindre la 70e place du classement mondial de l’Indice de développement humain (IDH).

Le plan « Fisandretana 2030 » détermine plusieurs secteurs économiques prioritaires, parmi lesquels l’agriculture, les mines et pierres précieuses et le tourisme. Il est soutenu par un large programme d’infrastructures de transport, d’énergie et de santé. « Nous devons mettre un terme au paradoxe malgache, celui de la pauvreté malgré les potentiels économiques immenses » de l’île, a promis Hery Rajaonarimampianina, qui estime « avoir remis le pays sur les rails » après la grave crise de 2009-2013.

Mais, dans un pays aussi déstabilisé, ces réformes prendront du temps à porter leurs fruits. C’est pourquoi le président juge que son « rôle, aujourd’hui, est de travailler. On a beaucoup de projets à mettre en œuvre », rappelant que Madagascar n’a commencé à recevoir les fonds internationaux qu’en 2017. « Le plus important, après 55 ans de pauvreté, est de travailler pour l’économie et le développement. La lutte contre la pauvreté est la priorité de tous », conclut celui qui a bien l’intention de poursuivre le travail entamé au-delà de son premier mandat.

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