Publié le : jeudi 1 mars 2018

Le Rwanda tout proche de l’ingérence en RDC

La situation s’aggrave en RDC avec le maintien au pouvoir par la force de Joseph Kabila. Pendant que le mouvement d’opposition incarné par Moïse Katumbi, attend la tenue d’élection, des observateurs s’inquiètent de l’implication du Rwanda, allié historique du régime.

Depuis de nombreuses années, les relations entre le Rwanda et la RDC sont sources de polémiques et affrontements. Dans une région des Grands lacs ethniquement disparate, et où les conflits territoriaux ressurgissent régulièrement, l’ex-Zaïre est convoité pour ses ressources minières abondantes. Depuis la fin des années 90, la RDC est donc au cœur d’oppositions entre puissances, et une grande partie de ses minerais sont captés par des multinationales, ou directement par des pays voisins, le Rwanda en tête de cortège.

Par exemple, le pays dirigé par Paul Kagamé est le premier exportateur de coltane, matière utilisée dans la fabrication de composants électroniques. Or selon plusieurs analystes, les mines rwandaises ne suffisent pas à produire une telle quantité du précieux minerai. Kigali est également la plaque tournante du commerce illicite de pierres précieuses congolaises.

La guerre économique du Rwanda

Selon l’ancien ambassadeur de France en RDC, Pierre Jacquemot, le soutien du Rwanda à la RDC lors de la guerre du Kivu en 2009 est un symbole de cette volonté de s’approprier les richesses congolaises. « Le choix des sites des opérations (terroirs riches en sous-sol et en terres de pâturage) a conduit à conforter la thèse selon laquelle le Rwanda, en complicité avec les autorités nationales congolaises, était effectivement venu consolider ses positions économiques dans l’est de la RDC. (…) Il semblait également, au milieu de l’année 2009, que la cartographie des territoires « libérés » à la suite de l’intégration du CNDP, comme des zones sous influence du FDLR qu’il fallait reconquérir par la force ou la dissuasion, ressemblait en transparence à celle des sites miniers » affirmait le diplomate en cette même année 2009.

Ainsi, depuis sa prise de pouvoir en 2001, Joseph Kabila est considéré par les différents courants de l’opposition comme « l’homme du Rwanda ». Le pays voisin semble en effet être parvenu à créer une véritable économie de guerre, qui s’appuie sur l’influence de personnalités rwandophiles au cœur des institutions politiques et de l’armée congolaise.

Le maintien de Kabila au pouvoir semble donc être une priorité pour le régime de Kagamé, qui voit dans les mines du Kivu, une source de richesse indispensable. Ainsi, depuis début février, et alors que la pression de l’opposition s’accentue sur le gouvernement, qui refuse toujours d’organiser des élections, un événement inquiète de nombreux analystes. Le régime étant de moins en moins soutenu par les puissances africaines et les institutions mondiales, le Rwanda aurait décidé de renforcer sa présence militaire en RDC et ce, en introduisant des hommes armées déguisés en éleveurs de vaches.

Des miliciens rwandais armés ?

Le chercheur Jean-Jacques Wondo Omanyundu craint que Kigali n’envisage d’encercler progressivement les villes à l’ouest et au centre du pays, afin de pouvoir procéder à des attaques coordonnées en cas de rébellion anti-Kabila. En effet, depuis plusieurs mois la présence inhabituelle de troupeaux menés par des éleveurs de la communauté Banyamulenge(d’origine rwandaise) inquiète les populations locales.

Le chercheur reconnaît des similitudes entre l’affaire des éleveurs banyamulenges et une affaire ratée de 1998 du Rwanda lors de la deuxième guerre du Congo. Tout laisse à penser que l’affaire actuelle est un « subtil remake » de cette opération: « lors de la deuxième guerre du Congo des troupes rwandaises avaient tenté d’encercler la capitale ».

Jean-Jacques Wondo Omanyundu note que « par ailleurs, il faut rappeler que Joseph Kabila a fait appel aux ex-rebelles rwandophones du M23 pour réprimer les manifestations de décembre 2016 afin de se maintenir au pouvoir par la force ». Pour l’intellectuel congolais, le maintien de Kabila au pouvoir est vital pour Kigali: « pour le Rwanda, Joseph Kabila reste un maillon indispensable de sa stratégie de domination régionale ».

L’opposition mobilisée autour de Moïse Katumbi

La situation est donc extrêmement tendue et l’organisation des élections reste incertaine. De nombreuses instances internationales, le Parlement européen et l’ONU en tête, ont demandé au président congolais, dont le mandat était supposé prendre fin en décembre 2016, de respecter l’engagement de la Saint-Sylvestre et d’organiser au plus vite le scrutin. Depuis le mois de janvier, les incidents se multiplient lors de manifestations sauvagement réprimées par la police du régime. L’opposition organise des marches pacifiques régulièrement. Moïse Katumbi, le premier opposant au régime, de même que l’Eglise, encouragent les manifestants à poursuivre la lutte pacifique. Mais le 21 janvier dernier, six manifestants trouvaient la mort lors d’un rassemblement réclamant le départ de Kabila. Le 9 février dernier, une messe d’hommage aux victimes était célébrée par l’archevêque de Kinshasa, et en présence de plusieurs représentants de l’opposition. Force respectée dans un pays à majorité catholique..

L’opposition reste mobilisée et son leader en exil, Moïse Katumbi est en tête des sondages. Victime d’un acharnement judiciaire et d’une condamnation à 36 mois de prison orchestrée directement par le pouvoir, il reste le candidat légitime de l’opposition et soutenu par une large partie de la population. Actuellement en Europe, il tente de rallier à sa cause les pays occidentaux et les enjoint à prendre des mesures pour pousser Kabila vers une sortie de crise.

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