Publié le : lundi 3 juillet 2017

Qatar – Arabie Saoudite : la France à l’heure du choix ?

Qatar-Arabie-Saoudite-France-MacronLe 5 juin dernier, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, et l’Égypte rompaient leurs relations diplomatiques avec le Qatar. La raison ? Le petit pays du Golfe persique « soutiendrait le terrorisme ». Et si une telle accusation en provenance de Riyad, bien connue pour financer massivement l’idéologie salafiste, peut prêter à sourire, les tensions qui ont gagné la région inquiètent. Ainsi, la France, qui entretient des relations privilégiées avec le Qatar, pourrait être amenée à se positionner de manière plus franche sur la question.

L’Arabie Saoudite se « dédouane »

« Des preuves claires ». Voilà ce qu’attend le Qatar de la part de ses accusateurs. Car s’il n’a fallu que très peu de temps à l’Arabie Saoudite et ses alliés pour décréter un blocus économique et politique sur le Qatar, aucune preuve concrète de sa culpabilité n’a pour le moment été avancée.

Par ailleurs, au regard des évènements qui se sont déroulés ces dernières années, cette accusation a de quoi interpeller : en 2009, dans une note secrète révélée par Wikileaks, les services de la secrétaire d’État américaine, Hilary Clinton, se montraient on ne peut plus clairs : « L’Arabie saoudite reste une base essentielle d’appui financier pour Al-Qaïda, les talibans, Lashkar e-Tayyiba et d’autres groupes terroristes y compris le Hamas, qui soulèvent probablement des millions de dollars chaque année à partir de sources saoudiennes, souvent pendant le Hajj et le Ramadan ».

Et c’est sans parler du fait qu’en octobre 2014, un des membres d’Al-Qaïda, Zacarias Moussaoui, impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001, affirmait sous serment « qu’Al-Qaïda recevait des dons de la part de membres de la famille royale saoudienne ». Et de rajouter, « sans l’argent des Saoudiens, on n’aurait rien ».

Un rapprochement avec l’Iran qui ne passe pas

La rivalité qui existe entre le Qatar et l’Arabie Saoudite ne date pas d’hier. Cette dernière n’a en effet jamais pardonné au Qatar d’avoir soutenu financièrement, politiquement et médiatiquement « les révolutionnaires arabes qui voulaient dégager toutes les dictatures en place » et notamment les frères musulmans lors du Printemps arabe.

Les frères musulmans sont en effet bannis en Arabie Saoudite, car considérés comme une menace idéologique sur la monarchie saoudo-wahhabite, en raison de leur conception révolutionnaire et démocratique de l’islamisme. « Le pire scénario pour Riyad c’est que les printemps arabes réussissent, avec une démocratie authentique et des gouvernements stables, ce qui voudrait dire que la révolution est possible et que les monarchies des Émirats ne seraient plus à l’abri » analysait alors, en 2013, le chercheur français, Nabil Ennasri.

Mais pour bon nombre d’observateurs, c’est le rapprochement du Qatar avec l’Iran, ennemi juré de l’Arabie Saoudite et des États-Unis, qui est à l’origine de cette crise diplomatique. Un point de vue d’autant plus crédible que, pour lever le blocus, l’Arabie Saoudite demande, entre autres, au Qatar de « réduire ses relations diplomatiques avec l’Iran et fermer les missions diplomatiques iraniennes sur son territoire ». Rien que ça.

La France, économiquement et idéologiquement plus proche du Qatar

De son côté, la France n’entretient pas les mêmes relations avec l’Arabie Saoudite qu’avec le Qatar. En effet, le Qatar est un allié de l’Hexagone depuis plus d’une trentaine d’années maintenant. De Georges Pompidou à François Hollande en passant par François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, chaque président français a œuvré pour resserrer les liens entre l’Hexagone et le petit pays du Golfe persique.

Ainsi, depuis 2008, le Qatar a investi plus de 12 milliards d’euros en France. Que ce soit dans l’immobilier avec l’immeuble Printemps Haussman, le sport avec le Paris Saint Germain, les médias avec BeIN Sports ou le luxe avec une prise de participation de 1 % dans LVHM, le Qatar est très présent en France.

Et il ne s’agit pas d’une relation à sens unique : François Hollande a signé, en 2015, à Doha, un contrat de vente de 24 avions de combat français Rafale pour un montant de 6,3 milliards d’euros. À titre de comparaison, l’Arabie Saoudite n’a jamais signé de tel contrat avec l’Hexagone, privilégiant toujours les États-Unis — un contrat d’armement de 110 milliards d’euros a été signé le 20 mai 2017 entre Washington et Riyad.

Sur le plan idéologique aussi, la France est plus proche du Qatar que de l’Arabie Saoudite. « Le Qatar a une approche plus ouverte de l’islam et moins rigoriste que celle qui domine en Arabie saoudite » affirme Nabil Ennasri. Et en ce qui concerne les droits de l’Homme, le Qatar est meilleur élève que son compatriote saoudien : en juin 2016, Human Rights Watch et Amnesty International ont demandé à l’ONU de « suspendre immédiatement les droits d’adhésion de l’Arabie saoudite au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies » pour des « violations flagrantes et systématiques des droits humains ».

La mise en quarantaine du Qatar par l’Arabie Saoudite semble s’expliquer, non pas à cause d’un éventuel soutien à des groupes terroristes, mais plutôt par le désir du Qatar d’être autonome sur la scène internationale et les relations que celui-ci entretient avec l’Iran. Le président français, Emmanuel Macron, qui a pour le moment appelé à « l’unité » et « l’apaisement », pourrait être amené à se positionner plus clairement dans les prochaines semaines. Et au regard des relations qu’entretient la France avec le Qatar, l’enjeu n’est pas des moindres.

 

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