Publié le : jeudi 22 septembre 2016

Le gouvernement britannique ouvre les portes du Royaume-Uni au nucléaire

En donnant son accord, jeudi 15 septembre dernier, au projet Hinkley Point, porté par l’électricien français EDF et son partenaire chinois CGN, le gouvernement britannique a ouvert la voie à un développement massif de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni.  

L’une des meilleures nouvelles de cette rentrée. C’est en tout cas le sentiment des gouvernements français et britannique lorsqu’ils évoquent le projet Hinkley Point. Jeudi 15 septembre, le Royaume-Uni a officiellement donnée à EDF l’autorisation de construire deux réacteurs nucléaires de type EPR sur le site d’Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre. « C’est un succès indéniable pour l’industrie française et sa place dans le monde », s’est réjoui le secrétaire d’Etat français à l’industrie, Christophe Sirugue. Un optimisme partagé par Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, qui a salué « un grand jour pour EDF, l’industrie française, la coopération franco-britannique et franco-chinoise ». Même son de cloche à l’Elysée, où François Hollande s’est félicité d’une « belle coopération et d’une belle reconnaissance » pour EDF.

Comme cela avait été annoncé avant l’été, Hinkley Point sera construite et financée par la France et la Chine. L’électricien tricolore financera les deux-tiers du projet, estimé à 18 milliards de pounds (environ 21 milliards d’euros). Le tiers restant, soit 6 milliards de pounds (7 milliards d’euros), sera financé par l’entreprise publique chinoise China General Nuclear Power Corp. Celle-ci pourra en outre construire un réacteur sur le site de Bradwell (à une centaine de kilomètres de Londres), une fois que les deux EPR d’Hinkley Point puis les deux EPR de Sizewell (à l’est de l’Angleterre) seront construits.

« 9 % de rentabilité par an pour EDF »

Si le projet a essuyé un certain nombre de critiques – de la part, notamment, des associations anti-nucléaire –, l’enthousiasme franco-britannique est loin d’être infondé. La construction d’Hinkley Point devrait générer 4 500 emplois en France, notamment chez EDF, Areva et tous les sous-traitants. En outre, comme le dit Christophe Sirugue, le projet permettra de « crédibiliser » le savoir-faire français au moment où EDF et Areva ont l’intention de vendre des EPR, du combustible et des services à d’autres pays, notamment la Chine, l’Inde, l’Afrique, la Pologne et l’Arabie saoudite.

Hinkley Point est en effet l’un des projets les plus ambitieux jamais lancés par EDF, ce qui n’a pas manqué de susciter quelques craintes. Certains cadres du groupe y voient ainsi un « risque majeur » et estiment que le délai de construction prévu, de six ans et demi, est irréaliste. Il s’agit pourtant d’un projet très rentable, le gouvernement britannique s’étant engagé à payer pendant 35 ans à EDF 92,50 pounds (108,7 euros) par mégawatt fourni par la centrale. Il s’agit d’un tarif bien au-dessus de ceux du marché, qui rapproche le prix de l’électricité nucléaire de celui des énergies renouvelables.

Selon le Financial Times, les tarifs préférentiels de rachat d’électricité pourraient faire gagner 120 milliards d’euros à EDF et CGN. Une aubaine pour l’électricien français, qui doit investir 51 milliards d’euros dans la rénovation de ses 19 centrales en France et 23 milliards dans le démantèlement de ses vieux réacteurs. Pour Jean-Bernard Lévy, le projet sera « un succès et une cash machine avec 9 % de rentabilité par an pour EDF ».

Transition énergétique

Le feu vert donné au projet Hinkley Point est également une bonne nouvelle pour les Britanniques, qui n’ont pas construit de centrale nucléaire depuis 1995. L’installation devra fournir 7 % du courant au Royaume-Uni à partir de 2025 et la construction des deux réacteurs devrait créer 26 000 emplois outre-Manche. Le gouvernement de Theresa May a par ailleurs obtenu des garanties importantes de la part des constructeurs. Elles permettront à Londres de garantir la sécurité d’approvisionnement en électricité du pays et de garder la main sur le secteur de l’énergie, considéré stratégique pour la sécurité nationale.

En effet, le gouvernement pourra interdire à EDF de vendre sa part majoritaire de 66,5 % dans la centrale durant la phase de construction. Il pourra également intervenir dans une éventuelle cession de la part d’EDF une fois la centrale en service. Le Royaume-Uni reste pourtant attaché à sa tradition d’ouverture aux investissements étrangers. Preuve en est que Mme May n’a pas fondamentalement remis en cause l’équilibre financier du projet.

La construction de la centrale d’Hinkley Point prouve, enfin, que le nucléaire reste au cœur de la stratégie européenne en matière de transition énergétique. Il s’agit en effet d’une énergie économique, stable et décarbonée. Elle constitue dès lors, pour ses défenseurs, une alternative crédible aux énergies fossiles, ultra-polluantes et responsables de plus de 80 % des émissions de CO2. Ainsi que le complément indispensable aux énergies renouvelables – telles que l’hydraulique, l’éolien et le solaire –, intermittentes et imprévisibles.

 

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