Publié le : mardi 20 septembre 2016

Gabon : l’Union africaine pour un recomptage des voix, les soupçons d’ingérence de la Côte d’Ivoire écartés

 

libreville

Le scrutin contesté de la présidentielle gabonaise a plongé le pays dans l’instabilité depuis l’annonce des résultats, le 30 août dernier. Le score, très serré, et les accusations de fraude visant le président sortant, Ali Bongo Ondimba, mais également le candidat vaincu Jean Ping ont empêché l’émergence d’un consensus dans la communauté internationale. Depuis le début de la crise, les réactions officielles de la part des chefs d’État africains se sont faites discrètes, alors que l’Union africaine tarde à dépêcher une mission d’observation qui assistera la Cour constitutionnelle dans sa mission de vérification du scrutin.

Accusations de fraude réciproques

Le contexte demeure encore extrêmement tendu au Gabon. Près d’un mois après le scrutin présidentiel à un tour, les résultats sont encore contestés par l’opposition, qui dénonce un bourrage d’urnes. Des résultats qui donnent le président sortant, Ali Bongo, vainqueur d’une courte tête, avec une marge de seulement 1% sur son principal adversaire Jean Ping, l’ancien président de la commission de l’Union africaine (2008-2012). M. Ping, qui se proclame « président élu », arrivé second avec un score de 48,23 %, dénonce une fraude, en particulier dans la province du Haut-Ogooué, région natale de la famille Bongo, où Ali aurait obtenu 95 % des votes, avec un taux de participation de 99,93 %. Cette avance « soviétique » dans son fief est qualifiée de « mascarade » par l’opposition. 

La Cour constitutionnelle, la seule institution susceptible de se pencher sur le contentieux post-électoral au Gabon, a été saisie et doit se prononcer sur l’existence ou non de fraudes. Seulement, selon l’opposition, ses membres seraient « inféodés » au pouvoir en place. Aussi, Jean Ping a mis en garde, après avoir déposé son recours, contre « un nouveau faux pas de la Cour constitutionnelle » qui « serait le facteur d’une instabilité profonde et durable du Gabon ». Pour lui, « il ne fait aucun doute qu’en cas de non-respect de la réalité du vote des Gabonais par la Cour constitutionnelle, le peuple qui n’aurait dans ce cas plus rien à perdre face à un pouvoir qui ne le considère pas, qui l’emprisonne, qui l’opprime et le tue sans cesse prendra son destin en main ». Des menaces qui n’ont pas suffi à sortir les dirigeants africains de la région, et plus généralement du continent, de leur réserve, et à prendre parti dans ce contexte délicat. D’autant plus délicat que Jean Ping est également soupçonné de fraude, puisqu’on lui reproche d’avoir obtenu jusqu’à… 104 % des voix dans la province de Bitam.

L’Union africaine pour le recomptage des voix

Près de trois semaines après le début de la crise postélectorale au Gabon, l’Union africaine (UA) a réaffirmé lundi son souhait d’envoyer un panel d’experts auprès de la Cour constitutionnelle. Elle n’a officiellement pris parti pour aucun des candidats. Smaïl Chergui, le Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’UA, a cependant estimé que « le recomptage des voix bureau de vote par bureau est nécessaire pour sortir de la crise post-électorale au Gabon ». Plus ambigu, son président tchadien Idriss Déby Itno, s’est contenté de s’engager « à assister les parties gabonaises dans la recherche d’un règlement rapide à la situation post-électorale qui prévaut dans leur pays » et a déclaré vouloir réaffirmer le rôle de l’UA « en matière de démocratie et d’élections ». Etant donné que sa propre réélection, en avril dernier, a été très contestée, il se pourrait que le dirigeant tchadien ne se sente pas l’étoffe d’un donneur de leçons démocratiques. De même, aucun des principaux chefs d’État de la région n’a fait de déclaration : ni Denis Sassou Nguesso (Congo), ni  Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) ni Joseph Kabila (RDC) ne se sont exprimés – bien que les deux premiers soient réputé pro-Ping.

Dans ce silence assourdissant, le roi du Maroc, Mohammed VI a été le premier à prendre la parole, une semaine après le début des heurts. Sans se prononcer clairement en faveur du président sortant, le Maroc désapprouve les « appels à la violence lancés par certains candidats » qui « n’ont pas leur place dans un processus démocratique ». Le dirigeant camerounais, Paul Biya, n’a pas encore fait connaitre sa position, mais il compte parmi les soutiens historiques d’Ali Bongo. En 2009, il avait été l’un des deux chefs d’État à appeler personnellement l’opposant Casimir Oyé Mba, qu’il avait pourtant soutenu, afin de le convaincre de retirer sa candidature. Bien qu’isolé, Ali Bongo dispose donc de quelques soutiens, même si la plupart demeurent discrets.

Les soupçons d’ingérence de la Côte d’Ivoire écartées 

L’annonce des résultats a par ailleurs été l’occasion d’une mise au point de la part de la présidence ivoirienne. Le Conseiller Spécial du chef d’Etat Mamadi Diané, soupçonné d’avoir pris le parti de Jean Ping et participé à une tentative de piratage des résultats de la présidentielle, a été limogé sur le champ par décret présidentiel. Dans un enregistrement téléphonique, on l’entend en effet donner à l’opposant gabonais des directives à suivre dans le cadre du scrutin. Chargé de mission auprès de Mamadi Diané et également soupçonné d’interventionnisme dans la présidentielle gabonaise, Jean-Marc Zoé a également été écarté de son poste. En visite auprès du président ivoirien Alassane Ouattara le 14 septembre dernier, le ministre de l’Intérieur gabonais Pacôme Moubelet-Boubeya a précisé que les conseillers de Ouattara agissaient bien “pour leur propre compte”, et qu’en aucun cas ces initiatives indépendantes du pouvoir ivoirien ne sauraient écorner l’excellence des rapports entre les deux pays.

Le chef de l’État burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, victime s’une situation similaire à celle de Jean Ping, et finalement porté au pouvoir par la rue s’est contenté d’inviter l’UA et la communauté internationale « à s’impliquer dans la recherche de solutions de sortie de crise dans le respect du choix du peuple gabonais ». Un appel de pied discret, donc. En définitive, seule l’UA a été véritablement audible. Erastus Mwencha, son vice-président, a signifié toute sa « tristesse » face à la « flambée de violence » que connaît le Gabon. Quelques heures plus tard, la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Nkosazana Dlamini Zuma, a assuré « suivre de près la situation » tout en déplorant « la violence dans le pays, entraînant des morts, des blessés et des dégâts matériels ».

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