Publié le : mercredi 1 juin 2016

25 ans après sa disparition, le message d’Amadou Hampâté Bâ doit résonner plus que jamais

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Dimanche 15 mai dernier, on célébrait les 25 ans de la disparition d’Amadou Hampâté Bâ, conteur, philosophe, ethnologue, écrivain et premier ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire. Un « grand homme » qui aura marqué l’histoire du continent. Pour son engagement pour la culture, et dont l’héritage est toujours présent aujourd’hui, à travers la fondation Children of Africa de Dominique Nouvian ou celle de Roukiatou Hampâté Bâ.

« Vieillard-bibliothèque »

Né au tournant du 20ème siècle à Bandiagara, alors capitale de l’Empire toucouleur (Mali actuel), Amadou Hampâté Bâ s’est illustré par son combat pour la culture. Érudit, conteur hors pair mais aussi ethnologue, écrivain, et même diplomate, il prononce par exemple en 1960, devant l’UNESCO (organe des Nations unies pour la culture et l’éducation), un discours fondateur resté célèbre, dans lequel il appelle les nations à ne pas laisser mourir les traditions orales de transmission qui sont très répandues en Afrique. Et participera ainsi à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines. Ambassadeur en Côte d’Ivoire, il mourra en 1991 à Abidjan après avoir consacré les dernières années de sa vie à l’archivage et au classement de ses années de travail sur les traditions orales d’Afrique de l’Ouest. C’est pour quoi Dominique Nouvian Ouattara a tenu à lui rendre hommage.

A l’origine de la fameuse phrase « En Afrique, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », Hampâté Bâ n’en était pas moins engagé pour la jeunesse. Cette déclaration, si elle a été diversement interprétée (certains ont même cru qu’il faisait l’apologie de la gérontocratie), entendait en réalité promouvoir la continuité de la culture entre générations. Le savoir, c’est l’histoire, aurait-il pu affirmer, et celui-ci doit être transmis à la jeunesse comme une arme pour le futur. L’écrivain malien déclarait d’ailleurs que « mal a pris un vieillard qui disputerait l’avenir à la jeunesse ».

« La beauté d’un tapis vient de la diversité de ses couleurs »

En Côte d’Ivoire, terre d’adoption d’Hampâté Bâ, de nombreuses commémorations ont été organisées en sa mémoire. Un grand rendez-vous pour la jeunesse s’est tenu au siège de la fondation Hampâté Bâ à Cocody-Danga (Abidjan. La Fondation de Dominique Nouvian « Children of Africa », qui vient en aide aux enfants les plus démunis depuis plus de vingt ans, a mis pour l’occasion à disposition un de ses célèbres bibliobus, contenant plus de 3 500 ouvrages.

La fille du « grand homme », Roukiatou Hampâté Bâ, qui dirige aujourd’hui la fondation du nom de son père, a tenu à remercier Dominique Nouvian pour son engagement. Elle lui est reconnaissante pour son engagement de longue date en faveur de la jeunesse et pour son geste en cette date anniversaire. « Je n’en suis pas surprise, s’est-elle exprimée, connaissant l’amour de la présidente-fondatrice de Children of Africa pour les enfants. Elle se bat pour leur cause, en témoigne la « Case des Enfants » [centre d’accueil pour les enfants en détresse] et beaucoup d’autres actions bienveillantes. Par cet acte fort, c’est un respect pour la mémoire d’Amadou Hampâté Bâ. Nous sommes honorés et comblés. Nous espérons que ces deux Fondations [Hampâté Bâ et Children of Africa] pourront se donner la main institutionnellement pour pouvoir mener à bien les valeurs défendues, qui sont des valeurs d’humanisme ».

L’un des moments forts de cette série d’hommages fut sans aucun doute la présence et les témoignages massifs d’enfants. Devant la Fondation, certains élèves du lycée Lamartine et du collège d’Abengourou, sont venus rendre hommage au conteur fabuleux qu’était Hampâté Bâ. Arthur, 9 ans, est l’un d’eux. Cet élève en classe de CM1 à Abengourou, à 200 km d’Abidjan. « Nous aussi, dit-il, quand nous serons grands, nous voudrons devenir des écrivains et écrire des contes. Parce que ça fait que tout le monde sait lire et écrire. Ça instruit les élèves et ça fait qu’eux aussi, ils pourront être écrivains plus tard ».

Nul doute qu’aujourd’hui l’absence d’Amadou Hampâté Bâ est plus remarquée que jamais, lui qui, croyant en la fraternité entre les peuples, prônait une compréhension mutuelle. N’a-t-il pas dit que « la beauté d’un tapis vient de la diversité de ses couleurs » ? Mais grâce à l’engagement des générations qui lui ont succédé, son héritage n’est pas perdu et son œuvre se poursuit pour la culture, la jeunesse et la paix.

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