Publié le : vendredi 24 novembre 2017

La Côte d’Ivoire met les bouchées doubles pour venir en aide à ses ressortissants en détresse

Les migrants sont exposés aux pires sévices : emprisonnés dans des conditions inhumaines, vendus au plus offrant, réduits en esclavage, souvent torturés contre rançon, parfois froidement exécutés par leurs tortionnaires.

 

Les images, glaçantes, ont fait le tour du monde. La chaîne américaine CNN a diffusé, le 17 novembre dernier, un reportage où l’on voit ses journalistes assister à la vente aux enchères de migrants africains, retenus en Libye. Un véritable marché aux esclaves, qui a provoqué l’indignation dans l’opinion publique.

Plusieurs dizaines de milliers de candidats à l’exode, en majorité originaires de l’Afrique subsaharienne, sont en effet bloqués dans leur périple sur le territoire libyen, en guerre, où ils sont victimes des pires sévices : emprisonnés dans des conditions inhumaines, vendus au plus offrant, réduits en esclavage, souvent torturés contre rançon, parfois froidement exécutés par leurs tortionnaires. Quant à ceux qui échappent à cet enfer, ils doivent encore traverser, dans des conditions extrêmement périlleuses, la Méditerranée.

Parmi ces damnés qui ont survécu à la traversée du désert, quelque 12 000 Ivoiriens stationneraient en Libye, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il s’agit, dans le pays, du premier contingent de candidats à l’émigration clandestine vers l’Europe. Et d’une source d’inquiétude grandissante pour les autorités ivoiriennes.

Prévenir les départs

A Abidjan et Yamoussoukro, on prend le sujet très au sérieux. Pour stopper l’hémorragie parmi les jeunes du pays, le gouvernement ivoirien agit sur deux fronts : prévenir l’émigration illégale, d’une part, et d’autre part venir en aide aux ressortissants ivoiriens en situation de détresse à l’étranger.

« Il faut prévenir le problème à la racine, a déclaré en 2015 Alassane Ouattara, le président de la Côte d’Ivoire, en marge d’un forum tenu à New York. Nous, les responsables africains, nous devons prendre les mesures nécessaires par rapport à notre jeunesse ».

« Face à la crise migratoire, les dirigeants africains doivent agir pour maintenir leur jeunesse sur leur sol », prévient Alassane Ouattara.

Dont acte. Mais comment faire ? Comment convaincre les candidats au départ de la dangerosité de leur quête ? Comment les persuader qu’au bout de ce périple mortel, aucun paradis ne les attend ? Pour ce faire, les autorités ivoiriennes ont lancé une vaste campagne de sensibilisation sur la migration irrégulière. Quelques 5 000 kilomètres ont déjà été parcourus par ce dispositif itinérant, qui a couvert 17 localités de par le pays. Une vingtaine de conférences se sont également tenues à travers la Côte d’Ivoire.

Le ministère de l’Intégration a même fait réaliser un documentaire de plus de 50 minutes, qui suit les pérégrinations des aspirants à l’exil le long de leur route semée d’embuches. On y découvre ces profils, désormais familiers, de migrants africains abandonnés à leur sort au Niger, en plein désert saharien ou sur les côtes libyennes. Leurs témoignages se suivent et se ressemblent : traversées au risque de leurs vies, rançonnement par des passeurs véreux, violences systématiques, notamment de la part de milices libyennes, stationnement interminable dans des centres de rétention, privations quotidiennes, traversées cauchemardesques de la Méditerranée, désespoir, mort souvent. Le film a été projeté à cinq reprises sur la RTI, l’une des principales chaînes de télévision ivoiriennes.

Secourir les Ivoiriens en détresse

Voila pour le premier volet de cette politique. Mais que faire pour celles et ceux qui sont déjà partis, celles et ceux qui se retrouvent, au terme d’un périple sans fin, dans l’impasse des camps d’enfermement d’Afrique du Nord ? Malgré leur « défection », la Côte d’Ivoire n’entend pas abandonner ces migrants à leur funeste sort. Et met tout en œuvre pour les ramener, sains et saufs, au bercail.

En 2015 déjà, les autorités ivoiriennes ont procédé à l’évacuation de 44 ressortissants, bloqués en Libye après d’infructueuses tentatives pour traverser la Méditerranée. Pilotée par le ministre ivoirien de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Ally Coulibaly, cette opération a notamment permis de secourir deux femmes et trois enfants. « Le président ivoirien a pris cette décision parce qu’il a toujours été choqué par les images de milliers de jeunes migrants (…) morts en Méditerranée », expliquait alors M. Coulibaly. En 2016, ce sont pas moins de 700 Ivoiriens vivant en Angola et au Gabon qui ont pu rentrer chez eux. Le 22 mars dernier, ce sont plus de 700  migrants ivoiriens qui ont été rapatriés de l’enfer libyen, grâce aux efforts conjugués de Yamoussoukro et de l’OIM. Chacun a reçu la somme de 100 euros pour rentrer chez lui. Un mois plus tard, 156 migrants ont bénéficié des mêmes mesures. Et le dernier Conseil des ministres a autorisé, le 17 novembre dernier, le retour de près de 600 Ivoiriens sur le territoire national.

En tout, ce sont près de 1 300 ressortissants de Côte d’Ivoire qui ont pu bénéficier d’un rapatriement au cours de ces dernières années. Pour Issiaka Konaté, directeur général au sein du ministère des Ivoiriens de l’extérieur, les aspirants migrants « doivent comprendre que les opportunités sont ici. L’eldorado est en Côte d’Ivoire ».

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