Publié le : vendredi 17 novembre 2017

Qatar : un rayonnement international qui attise les jalousies

QatarEntre les Emirats arabes unis (EAU) et le Qatar, rien ne va plus. Aucun domaine, ou presque, ne semble échapper à la rivalité – ancienne – entre les deux Etats du Golfe pour un rayonnement mondial. Une rivalité attisée par la montée en puissance du Qatar, qui vole de plus en plus la vedette à ses voisins, ce qui a le don d’exaspérer Dubaï et Abu Dhabi.

Une lutte sans merci pour le soft power

Sports, médias, arts et culture : dans cette lutte d’influence à coups de pétrodollars, tous les coups sont permis. Dans le domaine sportif, Doha a une longueur d’avance sur les EAU. Comprenant avant ses rivaux tout le potentiel du sport en matière de soft power, le Qatar a en effet acheté, dès 2011, le célèbre club de football français du Paris Saint-Germain. Véritable machine de guerre et porte-étendard de l’émirat, le PSG a racheté, cet été, deux des meilleurs joueurs du monde, en les personnes de Neymar et de Kylian Mbappé. Un joli coup à quelque 400 millions d’euros tout de même, qui conforte, s’il le fallait encore, la place du club en France et en Europe.

Le Qatar appuie également sa stratégie sportive sur la chaîne câblée BeIN Sports, désormais devenue un bouquet international, capable d’acquérir les droits des principaux championnats européens. De leurs côtés, les EAU possèdent le club anglais de Manchester City, et la compagnie aérienne Emirates sponsorise le stade où évolue le club d’Arsenal.

L’affrontement se poursuit sur le terrain médiatique, avec le succès mondial de la chaîne qatarie Al-Jazeera. La culture n’est pas en reste, comme on l’a récemment vu avec l’inauguration en grande pompe du Louvre Abu Dhabi, une merveille d’architecture destinée à faire rayonner les EAU sur la scène culturelle mondialisée. Dubaï a également été choisi pour l’Exposition universelle de 2020.

La fébrilité des EAU

En somme, chacun avance ses pions. Conscientes de leur relatif retard, les autorités des EAU ont même mis sur pied, en avril dernier, un très officiel « Conseil pour le soft power », dans le but avoué « d’intensifier l’interaction avec le monde ». Jusque là, rien d’anormal dans ce combat à fleurets mouchetés…

Mais certains évènements récents traduisent la fébrilité qui règne à Abu Dhabi. Alliés à l’Arabie saoudite, à l’Egypte et au Bahreïn, les EAU ont rompu leurs relations diplomatiques et décrété en juin dernier un embargo à l’encontre du Qatar, accusant de concert Doha de lien avec le terrorisme international – et exigeant notamment, ce n’est pas innocent, la fermeture de la chaine Al-Jazeera, coupable selon le « quartet » de propager des « vues hostiles » aux monarchies du Golfe.

Si la manœuvre est violente, elle n’en révèle pas moins la fragilité des pays du quartet, EAU en tête. Brandir le « hard power » n’est qu’une manière déguisée, en effet, de reconnaître que les résultats en termes de soft power se font attendre. Et de reconnaître voire légitimer, en creux, l’influence croissante de Doha sur la scène régionale et même internationale. « La question terroriste n’est qu’un prétexte qui révèle l’ampleur des rivalités entre les jeunes princes de la nouvelle génération », abonde Mathieu Guidère, professeur de géopolitique arabe à l’Université de Paris.

La tension est donc à son comble, et se cristallise autour de l’attribution au Qatar de la Coupe du Monde de football 2022. Un camouflet qui reste en travers de la gorge des rivaux régionaux de Doha, le ministre émirati des Affaires étrangères allant jusqu’à demander l’annulation de l’évènement. Fin de non-recevoir à Doha, où l’on prévient que « la Coupe du monde, comme notre souveraineté, ne sont pas négociables ».

Afin de faire taire les critiques, le Qatar s’est même engagé à faire de « son » Mondial l’évènement « le plus sûr de l’histoire ». Le comité d’organisation du Mondial 2022 a ainsi annoncé que des policiers issus des pays sélectionnés pour la compétition seront déployés dans le pays. Alors qu’1,3 million de visiteurs sont attendus, soit l’équivalent de la moitié de la population du pays, l’objectif est de sécuriser les sites sportifs et de prévenir tant les risques d’attentats que les troubles éventuellement créés par la venue de supporters violents.

Une rivalité ancienne et de plus en plus ridicule

Attaqué de toute part, le Qatar veut donc rassurer. N’en déplaise aux EAU, c’est bien lui qui est sur le devant de la scène – le maintien de la Coupe du Monde ou le recrutement de stars comme le footballeur Neymar le démontrent assez. Derrière ce que l’on peut qualifier de véritable acharnement à l’égard de Doha, il faut déceler une rivalité ancienne, le quartet mené par l’Arabie saoudite ne supportant pas que son voisin s’écarte de sa sphère d’influence et trace sa voie sans lui – et avec le succès qu’on connait. La place grandissante de l’Iran dans la région, Iran allié du Qatar et ennemi juré de l’Arabie, explique également cette obstination.

A Doha, on fait le gros dos. Pour le gouvernement qatari, les basses manœuvres des EAU et de leurs alliés ne sont que l’expression d’une « jalousie mesquine ». Pas de quoi, cependant, raboter les ambitions du petit émirat.

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