Publié le : jeudi 26 octobre 2017

Face à la menace islamiste, le gouvernement égyptien peut-il compter sur ses alliés européens ?

 

 

Le Président Egyptien Al Sissi est en visite en France cette semaine : l’occasion pour le chef de l’État égyptien de nouer de nouveaux partenariats stratégiques sur le plan économique ou militaire. Comme à presque chaque visite d’un chef d’État étranger, il se trouve des associations et des ONG pour protester. Au risque de faire le jeu de l’islamisme radical ?

Depuis plusieurs jours, les ONG Human Right Watch et Amnesty International montent au front : elles exigent que le gouvernement français bouscule sa relation avec l’Égypte, responsable, selon elles, d’une multiplication des atteintes aux Droits de l’Homme depuis plusieurs mois. « Nous comptons sur vous pour rappeler que la France ne cautionne pas les pratiques répressives de l’Égypte et estime que des réformes significatives en faveur des droits humains, de la démocratie et de la société civile doivent être engagées », ont déclaré dans une lettre conjointe à Emmanuel Macron les ONG EuroMed Droits et Reporters Sans Frontières.

Les ONG arriveront-elles à faire plier l’Élysée et le Quai d’Orsay ? En tout cas depuis plusieurs semaines, les associations de Défense des Droits de l’Homme multiplient les communiqués dans la presse pour inciter les gouvernements occidentaux à revoir leurs relations diplomatiques respectives avec Le Caire. Une vaste opération de communication qui joue avec le feu.

En effet, depuis son arrivée au pouvoir en 2013, al-Sissi, son gouvernement et l’armée égyptienne sont en conflit ouvert avec l’Islam radical. Le gouvernement de Mohammed Morsi, il est vrai démocratiquement élu quelques mois plus tôt, était alors en train de brader l’héritage du nationalisme arabe de Nasser pour transformer l’Égypte en dictature religieuse sous la coupe des Frères Musulmans. La prise du pouvoir par les militaires, en 2013, après de grandes manifestations populaires contre le Président Morsi, est alors vue comme un moindre mal dans les chancelleries occidentales, mais aussi, il ne faut pas l’oublier, chez bon nombre d’ONG.

Le mouvement des Frères Musulmans est né en Égypte dans les années 20 et encore aujourd’hui, le pays reste particulièrement exposé au terrorisme et à l’islamisme radical. La pauvreté qui règne en Égypte depuis plus de cinquante ans a été un terreau favorable pour une idéologie qui a tissé ses ramifications dans toute la société, à grand renfort de pétrodollars : partis politiques, écoles, services publics ; mais aussi groupes armés.

Cette situation explique la rigueur de la répression policière et militaire qui a lieu en Égypte depuis plusieurs mois. Mais on ne peut pas comprendre ce regain de sévérité de l’État si on ne comprend pas l’ennemi qu’il affronte. Un adversaire redoutable, qui est aussi celui de l’Occident et qui s’est durablement incrusté dans toutes les strates de la société égyptienne. Un exemple, la Loi encadrant le financement des ONG promulguée en mai dernier et qui concentre la plupart des critiques formulées par les organisations non gouvernementales occidentales. Elles accusent le pouvoir égyptien de vouloir contrôler les ONG. C’est vrai : la nouvelle législation prévoit un contrôle strict de l’Etat, une autorisation préalable pour exercer leurs activités et une inspection des sources de financements. C’est autoritaire, mais nécessaire : beaucoup d’ONG servent de paravent à l’Islam politique. Financées et pilotées depuis les monarchies du Golfe, elles perpétuent le travail métapolitique de l’Islamisme, en intervenant à la place de l’État auprès des populations.

Les arrestations et les emprisonnements que dénoncent les associations de Défense des Droits de l’Homme s’inscrivent dans la lutte implacable que l’État égyptien mène contre le terrorisme. Le président Gamal Abdel Nasser avait dû en faire de même dans les années 50. Son successeur, Anouar Al-Sadate, avait fait le choix inverse, en libérant massivement les militants des « Frères » et en relâchant la pression policière sur eux. Il finira assassiné en 1981 par les membres du Mouvement du Jihad Islamique (« Gama’at al-jihad al-Islami »), le principal groupe extrémiste radical armé prônant la violence.

La lutte entre l’État égyptien et les islamistes est bel et bien une lutte à mort qui dure depuis bientôt un siècle, dans laquelle les ONG jouent depuis quelques mois les idiots utiles des mouvements radicaux.

La répression de l’Etat fait-elle le lit du terrorisme ?

C’est l’un des arguments éculés des opposants au régime égyptien : c’est la répression policière qui provoquerait le terrorisme. Déjà en 2016, dans un article du Nouvel Observateur, un chercheur de Science-Po, Stéphane Lacroix, estimait que « La violence du président Al-Sissi faisait le lit du terrorisme ». Un sophisme séduisant, mais inopérant pour appréhender la réalité du terrain en Égypte : le terrorisme était déjà là avant Al-Sissi, il gangrène la société égyptienne depuis des décennies. Pendant les rares périodes de son Histoire où la pression sur les mouvements islamistes s’est allégée (durant une partie du mandat d’Anouar Al Sadate dans les années 70 et pendant les quelques mois de la présidence de Mohammed Morsi en 2013), les Frères Musulmans ont pris de l’ampleur et la violence terroriste s’est démultipliée.

Déjà au moment des printemps arabes, il s’est trouvé de « bonnes âmes » européennes ou américaines pour expliquer que la liberté accordée aux mouvements radicaux finirait par les essouffler. C’est le contraire qui s’est produit, de l’Égypte à la Libye en passant par le Yémen, la disparition des pouvoirs nationalistes autoritaires s’est faite en faveur des mouvements islamistes totalitaires.

En Égypte, la répression de l’État répond donc à la violence terroriste et non l’inverse. L’Égypte vit sous la menace constante du puissant islam politique depuis des années : pour rappel, il y a quelques jours, 35 policiers et soldats étaient tués dans des affrontements au sud-ouest du Caire. Le 7 juillet dans le Sinaï, 21 militaires ont perdu la vie après une attaque terroriste de la branche égyptienne de l’État islamique. Le pays est à l’avant-poste du combat contre l’islamisme radical, et il est serait plutôt malvenu de venir lui donner des leçons de démocratie et de maintien de l’ordre. Au contraire, en soutenant davantage l’Etat égyptien par la coopération militaire et des services de renseignements, la France et les Européens permettraient d’accélérer la fin de ce conflit, favorisant un assouplissement des lois sécuritaires qui corsètent la société égyptienne.

Un positionnement qui rejoint celui adopté par Emmanuel Macron : interrogé ce mardi en conférence de presse sur le sujet des droits de l’Homme en Egypte, le chef d’Etat français a apporté un soutien appuyé au Caire. « La France se tient aux côtés de l’Egypte, car la sécurité de ce pays ami, c’est aussi notre propre sécurité », a insisté le président français à l’issue d’un déjeuner à l’Elysée. « Le président Sissi a un défi: la stabilité de son pays, la lutte contre les mouvements terroristes, contre un fondamentalisme religieux violent » a ajouté Emmanuel Macron : un positionnement sage, dont certaines ONG feraient mieux de s’inspirer.

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