Publié le : jeudi 28 septembre 2017

Audrey Azoulay, une réformatrice à la tête de l’Unesco ?

Alors que se tient, à New York, la 72e Assemblée générale des Nations Unies, un autre organisme onusien, qui fête lui aussi ses 72 ans, cherche son nouveau Secrétaire général. L’Unesco va élire un successeur à Irina Bokova, et Audrey Azoulay, la candidate française, veut croire en ses chances. Une femme pour remplacer une femme ? Lancée tardivement, en mars dernier, confrontée à l’hostilité du groupe arabe, la candidature de l’ancienne ministre de la Culture de François Hollande ne semblait pas devoir peser bien lourd. Les semaines passant, le programme et la personnalité d’Audrey Azoulay ont cependant réussi à surmonter les réticences. Tant et si bien que la candidate tricolore est aujourd’hui placée, au petit jeu des pronostics, dans le trio des favoris, en compagnie de la candidate égyptienne et du postulant chinois.

L’Unesco en quête d’un second souffle 

Institution spécialisée de l’ONU, l’Unesco a su se faire un nom via son activité la plus populaire : la labellisation de sites historiques, estampillés « patrimoine mondial de l’Humanité ». Mais l’agence a aussi pour mission de développer des programmes dans les domaines de la culture, de l’éducation, des sciences ou encore de l’information. Autant de prérogatives dont elle s’est peu à peu éloignée, en proie à des querelles intestines mettant aux prises certains Etats membres. En partie vidée de sa substance originelle, pas toujours en phase avec les enjeux de l’époque, l’agence onusienne se trouve à une période charnière de son existence. Elle doit à la fois renouer avec sa vocation première, tout en se modernisant.

Un renouveau qu’ils sont neuf à vouloir incarner. Dans le trio qui se démarque, Audrey Azoulay fait figure de surprise, mais pas d’intruse. Toujours ministre lors du lancement de sa campagne, elle n’a pu s’y consacrer pleinement qu’à compter du mois de mai, la passation de pouvoir avec la nouvelle équipe gouvernementale effectuée. Pourtant, le projet d’Audrey Azoulay est sérieux, précis, et donne le sentiment de pouvoir tracer un cap dont a grand besoin une institution rongée par une crise financière et morale profonde.

Depuis 2012, l’Unesco doit compter sur un budget en baisse de 22 %. Une précarité qui fait suite à la décision des Etats-Unis de retirer leur financement, pour protester contre l’adhésion de la Palestine en tant que membre à part entière. L’Unesco doit faire toujours plus avec des moyens revus à la baisse, et est par ailleurs l’objet de tensions politiques croissantes qui parasitent ses missions. Au-delà de la brouille Etats-Unis – Israël vs Palestine, d’autres pays influents perçoivent en effet l’agence comme une arène politique, à l’image de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud qui s’affrontent sur des questions mémorielles. De quoi égratigner le prestige et éroder l’efficacité d’une institution qu’il convient de dépolitiser, afin de lui redonner l’opportunité de se concentrer sur l’essentiel.

C’est la tâche que se propose de remplir Audrey Azoulay, qui met en avant ses racines et son parcours. Issue d’une famille marocaine séfarade, son père est conseiller du roi du Maroc, tandis qu’elle a franchi toutes les étapes de la méritocratie à la française. Diplômée de l’ENA, elle devient haut fonctionnaire dans l’univers du cinéma avant de rejoindre François Hollande comme conseillère pour la Culture, puis de prendre les rênes du ministère. Un parcours pertinent pour le poste, d’autant qu’Azoulay s’inscrit à la croisée de deux continents et cultures. Un dialogue civilisationnel qu’elle s’efforce de défendre : l’Unesco « doit favoriser le dialogue et prévenir les conflits au lieu de les subir ou de les laisser s’exporter chez elle », assure-t-elle avec fermeté dans un récent entretien à Jeune Afrique. Une réplique cinglante à la conception de certains selon laquelle la Direction générale devrait revenir à un candidat arabe, sous prétexte d’une « alternance régionale qui n’existe pas ».

Une ambition au service de l’Unesco

Le programme et la vision doivent primer, et c’est bien sur ce terrain que la candidate française semble gagner des points depuis plusieurs semaines. Sa réaffirmation du « caractère universel » de l’Unesco, qui voit chaque Etat membre la financer à hauteur de ses capacités sans considération politique, constitue un axe fort pour refonder des bases solides et développer des programmes ambitieux et pragmatiques. Une candidate qui fait par ailleurs de l’éducation, de l’égalité entre les sexes et de du développement durable les lignes de force de son projet.

Directement liée à ses activités en tant que ministre de la Culture, la préservation « du patrimoine matériel et immatériel » est un autre axe central du programme d’Audrey Azoulay. La création de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH), dans laquelle la France a joué un rôle important, est à créditer à l’actif de l’actuelle direction de l’Unesco, dans les pas de laquelle, sur ce point, la candidate française compte bien s’inscrire une fois élue. Audrey Azoulay s’est par ailleurs engagée à préserver « une diversité culturelle, notamment dans les nouveaux médias ».

Pour redevenir un forum intellectuel influent, une plateforme de liberté au service de la science, de la culture et de l’éducation, l’Unesco doit faire table rase des considérations politiques qui entravent actuellement son bon fonctionnement et nuisent à sa réputation. Dans cette optique, la candidature d’Audrey Azoulay n’est pas dénuée de sens, la Française ayant le mérite d’être jeune et de ne pas faire partie de l’actuelle direction. Le mérite, surtout, de proposer des réponses pertinentes aux défis auxquels, menacée par le repli culturel et les conflits, l’humanité fait face.

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