Publié le : mardi 25 juillet 2017

Crise du Golfe : les Saoudiens s’agitent et le Moyen-Orient s’embrase

Avec l’isolement du Qatar par l’Arabie saoudite c’est tout le Moyen-Orient qui replonge dans la crise. Une instabilité qui réveille des conflits antérieurs et déstabilise l’économie mondiale, alors que cette région du globe semblait enfin avoir trouvé un certain équilibre.

Depuis la révolution iranienne de 1979, les relations entre Téhéran et Riyad ne cessent de s’envenimer. Au rapport de force religieux entre chiites et sunnites se sont rajoutés les conflits politiques et géopolitiques impliquant toute la région. La meurtrière guerre Irak-Iran, où le royaume saoudien a largement soutenu et financé le régime de Saddam Hussein, a durablement enraciné les rancœurs entre les deux pays. Aujourd’hui, c’est en Syrie ou au Yémen que les deux nations s’affrontent par belligérants interposés : quand l’Iran soutient Bachar-Al Assad, l’Arabie saoudite finance allègrement les rebelles syriens.

Le coup de force diplomatique imposé au Qatar est un nouvel épisode ce bras de fer. Mais le jusqu’auboutisme des princes saoudiens pourrait s’avérer dangereux.

L’Arabie saoudite joue avec des allumettes près d’un baril de poudre

Le 5 juin dernier, Arabie saoudite, Egypte, Émirats arabes unis, Maldives, Yémen et Bahreïn ont mis un terme à leurs liens diplomatiques avec le Qatar. Pire, Riyad a décidé de couper ses frontières terrestres, aériennes et maritimes avec son voisin, alors que ce pays-confetti dépend pour une grande partie de ses importations, notamment alimentaires, de l’Arabie saoudite. La raison officielle de cette panoplie de mesures répressives ? Le soutien supposé du Qatar à des groupes terroristes tels que les Frères Musulmans. Une crise probablement déclenchée suite à la visite de Donald Trump le 21 mai à Riyad : en appelant les pays du Golfe à intensifier leur lutte contre le terrorisme et à durcir leurs relations avec Téhéran, le président américain à envoyé un solide message de soutien et d’approbation à l’égard de l’Arabie saoudite.

En confiance, celle-ci a pu organiser une vaste coalition contre Doha, bien trop proche à ses yeux du sempiternel adversaire iranien. C’est bien là le véritable nœud du conflit : le Qatar partage avec l’Iran le plus important champ gazier du Golfe, une situation qui conduit naturellement le petit Émirat à nouer des relations cordiales avec Téhéran, au grand dam du royaume saoudien.

Dans son édition du 6 juin dernier, le Financial Times ajoutait que le Qatar était accusé par les Saoudiens d’avoir versé près d’un milliard de dollars à l’Iran et à des milices proches d’Al-Qaïda pour la libération de 26 de ses ressortissants enlevés en Irak. Une libération coordonnée avec l’Iran qui aurait profité de cette transaction pour délivrer des combattants chiites. Le Qatar serait ainsi accusé par Riyad de verser de l’argent à la fois à Al-Qaïda et à des groupes armés iraniens. Des accusations pourtant niées par la monarchie.

Une crise qui compromet tout ?

Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Elles sont d’abord politiques : « On voit aujourd’hui une volonté des États-Unis de confondre l’Iran avec le terrorisme, en effaçant les liens entre Arabie saoudite et islamisme salafiste, pour remettre Riyad sur le devant de la scène et pour isoler plus que jamais Téhéran », explique le politologue Alexandre Kazerouni. Quant au Qatar, les magasins d’alimentation ont été pris d’assaut par les habitants, un comité a été créé pour réclamer à ses voisins du Golfe des indemnisations, à hauteur d’un milliard de dollars. Des sanctions du blocus qui risquent à termes de peser également sur la communauté internationale, le Qatar étant l’un des plus grands exportateurs de gaz au monde.

Une nouvelle crise du Golfe qui est pourtant intervenue alors que la région commençait à s’apaiser. En effet, l’élection de Hassan Rohani en juin 2013 à la présidence de l’Iran (et sa réélection il y a quelques semaines), offrait un tournant plus moderne à la société perse et une ouverture du pays vers ses voisins et vers l’Occident. Les relations entre Téhéran et Washington se réchauffaient et les chancelleries occidentales se réjouissaient de cette nouvelle donne géopolitique.

Une accalmie dans la région qui semblait acquise : depuis le début de l’année 2017, l’État Islamique ne cesse de perdre du terrain. Près de 70 % de ses territoires ont été repris par les forces loyalistes irakiennes et syriennes (dont l’emblématique Mossoul, libérée le 9 juillet dernier), et ses effectifs fondent comme neige au soleil (en mai 2017, le Pentagone estimait que l’organisation avait perdu trois quarts de ses combattants).

Cette crise sème à nouveau le chaos dans la région, et laisse de nombreuses questions en suspens : quel avenir économique pour le Qatar ? L’État Islamique peut-il profiter de la situation pour se renforcer ? Comment va réagir l’Iran ? Les obsessions anti-iraniennes de l’Arabie saoudite bousculent tout le jeu géopolitique régional, qui semblait pourtant avoir enfin trouvé un équilibre.

 

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