Publié le : jeudi 15 juin 2017

La littérature africaine rayonne dans le monde, mais aussi de plus en plus en Afrique

Une tribune exclusive de Dominique Nouvian-Ouattara, Première Dame de Côte d’Ivoire, présidente de la Fondation Children of Africa

La littérature africaine se porte bien. Depuis Léopold Sédar Senghor ou Mongo Beti, elle a gagné ses lettres de noblesse. Mais les auteurs africains ne se reposent pas sur les lauriers tressés par leurs ancêtres, comme Wole Soyinka, premier auteur du continent à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, en 1986.

Aujourd’hui, c’est toute une nouvelle génération d’écrivaines et d’écrivains africains qui entendent bien se faire un nom – sur le continent, mais aussi à l’international. Je pense bien-sûr à Alain Mabanckou, qui a obtenu la chaire « Création artistique » du Collège de France en 2016 et dont la leçon inaugurale portait si bien son nom : « Lettres noires : des ténèbres à la lumière ». Je pense à Fatou Diome également, mais aussi à Ananda Devi, à Chinua Achebe ou encore à Bessora.

« Une littérature qui s’ouvre au monde, parle au monde »

Tous ces auteurs contribuent, chacun avec leur style singulier, à faire rayonner la culture et les lettres africaines bien au-delà de leurs pays d’origine. Ils peuvent pour cela compter sur les nombreux évènements internationaux faisant la part belle aux écrivains du continent.

Ainsi, le Salon du livre et de la presse de Genève, a proposé à ses visiteurs du 26 au 30 avril derniers, un « Salon africain ». La romancière suisse Pascale Kramer et le critique congolais Boniface Mongo-Mboussa y ont organisé des rencontres avec des romanciers, essayistes, poètes et auteurs jeunesse du continent. A cette occasion, Boniface Mongo-Mboussa a confié au quotidien français Le Monde que, selon lui, « quand on fait le bilan des indépendances, le seul élément de fierté que nous puissions avoir, c’est notre littérature ».

« L’Africain (…) s’est approprié le discours sur lui-même, poursuit celui qui est l’un des rares critiques littéraires du continent. On peut marcher la tête haute ». En insistant sur la place des femmes dans l’espace littéraire, Mongo-Mboussa juge que la production africaine est « une littérature qui s’ouvre au monde, parle au monde, tout en étant ancrée sur le continent ».

Autre salon, autre ville, mais toujours l’Afrique à l’honneur : le dernier Salon du livre de Paris accueillait en son sein, un très beau pavillon des Lettres d’Afrique, dont l’organisation a été orchestrée par Aminata Diop Johnson. Parrainé par la Côte d’Ivoire, le pavillon a permis aux éditeurs et écrivains de douze pays africains (Bénin, Cameroun, Nigeria, Congo Brazaville, Guinée, Sénégal, Togo, etc.) de partager leurs expériences littéraires.

A Boulogne, en proche banlieue parisienne, saluons également l’initiative de Roxanne Yap, écrivaine et fondatrice de la Librairie « Lis Thé Ratures ». Ouverte au début de l’année 2017, la librairie entend faire de la littérature africaine, encore trop sous-estimée selon sa fondatrice, un levier pour inciter les jeunes à lire.

S’il faut se féliciter que les lettres africaines rayonnent de plus en plus à l’international, il importe que les Africains aient également accès à leur propre littérature. Des initiatives existent sur le continent, qui visent à développer l’accès à la lecture et, pourquoi pas, aux belles lettres africaines.

Les Africains invités à la lecture

La ville de Conakry, en Guinée, a ainsi été désignée capitale mondiale du livre pour l’année 2017. Un titre décerné chaque année par l’Unesco, mais qui pour la première fois est attribué à une ville d’Afrique francophone. Il récompense une commune qui « s’engage à promouvoir les livres et la lecture et à mettre en œuvre un programme d’activités pour une durée d’un an ».

Alors que la moitié des habitants de Guinée ne sait pas lire, et que l’autre lit peu, en dehors des ouvrages scolaires, cette distinction vise surtout à encourager les efforts entrepris par les autorités guinéennes en faveur de l’alphabétisation de la population, en particuliers des jeunes. Les pouvoirs publics se sont ainsi engagés, pour 7 millions d’euros, à construire des médiathèques et des bibliothèques afin de doter chaque quartier du pays d’un espace de lecture.

En Côte d’Ivoire, la Fondation Children of Africa, que j’ai fondée afin de venir en aide aux enfants du continent, a fait de l’accès à l’éducation l’une de ses priorités. C’est dans ce cadre que nous avons lancé le projet des Bibliobus, aujourd’hui doté de huit véhicules qui sillonnent les routes du pays afin de promouvoir la lecture auprès des tout-petits. A ce jour, plus de 50 000 livres ont ainsi pu contribuer à nourrir l’imaginaire de plusieurs milliers d’enfants à travers le pays.

Je tiens, à ce titre, à remercier chaleureusement le président français, François Hollande qui, de passage sur le pavillon des Lettres d’Afrique à Paris, a qualifié les Bibliobus de« très belle initiative » et assuré faire « en sorte de multiplier ces expériences » en France également, où certains enfants sont privés d’accès à la lecture. Le salon a aussi été l’occasion de nouer de nouveaux contacts afin de collecter encore plus d’ouvrages à destination des bibliothèques scolaires de Côte d’Ivoire.

A l’international comme sur le continent, la littérature africaine est plus que jamais source d’échanges, de découvertes et de valorisation des talents artistiques africains. Comme l’a écrit Alain Mabanckou, « l’Afrique n’est plus seulement en Afrique. En se dispersant à travers le monde, les Africains créent d’autres Afriques, tentent d’autres aventures peut-être salutaires pour la valorisation des cultures du continent noir. Nous avons besoin d’une confrontation, d’un face à face des cultures ». Une ébullition culturelle qui, seule, pourra restituer l’infinie richesse de notre continent.

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